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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/15

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une retraite pénible devant les royalistes purs dont il préparait le règne.

Tout conspirait contre lui dès le premier jour ; tout commençait à lui manquer, même le roi, dont la volonté avait livré son dernier combat dans les scènes de famille qui avaient suivi la mort du duc de Berry. Jusque-là Louis XVIII avait eu de la fermeté, il avait tenu tête aux « ultras », aux séides du comte d’Artois, aux royalistes qui prétendaient s’imposer à lui. Depuis quelque temps, il venait de passer sous l’influence fascinatrice de celle qui allait être la fée équivoque des dernières années du règne, la comtesse du Cayla. Chose curieuse, c’est M. Decazes qui avait introduit aux Tuileries cette jeune femme, séduisante de grâce, de distinction et d’esprit, éprouvée par des embarras domestiques et pressée déjà plus d’une fois par ses amis de se mettre sous la protection du roi ; mais ce que M. Decazes ne savait pas, c’est que cette présentation avait été tout un complot formé contre lui, encouragé par un prince de l’église, le cardinal de la Luzerne, préparé et conduit surtout par un homme de cœur chaud, d’esprit évaporé et d’une grande turbulence mondaine, le vicomte Sosthènes de La Rochefoucauld.

On avait compté sur les malheurs et les charmes de la jeune femme pour toucher et fixer le roi. « Il fallait, — a dit plus tard M. de La Rochefoucauld, racontant à l’héroïne elle-même cette comédie de cour, — il fallait inspirer au roi, toujours guidé par ses affections, assez d’amitié envers une personne qui en fût digne pour détruire peu à peu la confiance sans bornes qu’il avait dans un ministre assez malheureux pour s’être trompé… Il me semblait que vous étiez la seule personne qui pût parvenir à dissiper toutes les illusions dont Louis XVIII était entouré… Le ciel se chargea de réaliser ce qui d’abord semblait une chimère… » Mme du Cayla avait un peu hésité… « Vous ne me prenez pas pour une Esther, disait-elle à M. de La Rochefoucauld, et je ne puis et ne veux être ni Mme de Maintenon ni Mme des Ursins… » Elle avait fini par se rendre : elle était entrée furtivement, en suppliante aux Tuileries ; elle en était sortie avec la faveur du prince, et ses visites, ses lettres n’avaient pas tardé à devenir un intérêt de tous les instans, une habitude attachante pour celui qu’elle appelait « Assuérus. » M. de La-Rochefoucauld, en historiographe candide, en véritable Dangeau du temps, ne cache pas la part qu’il prenait à cette œuvre pie. « Il était bien important, dit-il, de ne pas laisser s’alanguir une correspondance si précieuse, quoique fatigante. C’était moi alors qui servais à l’alimenter ; j’écoutais, je causais, je passais tous les matins une heure avec M. de Villèle. J’entretenais avec soin auprès de vous les justes craintes que chacun conservait sur la situation de la France. » C’était là le rôle tracé à Mme du Cayla par ceux qui l’avaient poussée à