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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/123

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encore plus à voir et à admirer que par le passé. Les richesses qu’elle contenait ont été classées dans un meilleur ordre et, malgré l’exiguïté des ressources, notablement augmentées par des acquisitions judicieuses. La fondation d’un grand établissement d’instruction supérieure y a appelé et retenu des hommes éminens qui s’y trouvent mieux placés que dans une ville morte, comme Pise, pour entreprendre des recherches historiques et scientifiques, pour en répandre autour d’eux le goût et pour former des élèves. Enfin la ville s’est embellie et renouvelée sans rien détruire de ce qui méritait d’être conservé, sans perdre son caractère et son originalité. De belles promenades, bien autrement, pittoresques que les Cascine jadis trop vantées, ont été crées à grands frais, pour rendre le séjour de Florence plus agréable encore à ses habitans et à ses hôtes.

Pour sortir d’embarras pécuniaires qui ont tué son crédit et qui menacent sa dignité, Florence s’adresse aujourd’hui à toute l’Italie ; elle réclame, ou plutôt elle implore le concours de l’état, qui seul peut la sauver de la banqueroute. L’heure nous a paru bien choisie pour rappeler les titres qu’elle peut faire valoir à l’appui de sa demande.


I

Avec le prix que les objets d’art atteignent aujourd’hui, créer de toutes pièces un musée, c’est et ce sera toujours une entreprise très hasardeuse. L’argent n’y suffit pas. Il faut beaucoup d’expérience et un flair tout spécial pour éviter les fraudes, pour se défendre contre des faussaires qui deviennent donnée, en année plus habiles [1]. Il faut beaucoup de goût, afin de ne point se laisser prendre aux bonnes occasions, qui sont souvent les mauvaises, afin de n’acheter que des œuvres qui non-seulement soient authentiques, mais qui de plus soient belles ou tout au moins intéressantes par quelque côté. L’expérience et le goût sont donc indispensables ; mais il faut en outre de l’argent, beaucoup d’argent,

  1. La fraude est aujourd’hui facilitée aux faussaires par l’étude des recueils scientifiques qui leur fournissent des inscriptions et des types grâce auxquels ils évitent plus aisément ces erreurs grossières qui les trahissaient autrefois. Nous nous contenterons de rappeler ces monnaies des rois parthes et sassanides que plusieurs collectionneurs ont achetées sans défiance à Tauris, et ces prétendues poteries moabites auxquelles se sont laissé tromper les conservateurs d’un grand musée européen, celui de Berlin ; mais ne voilà-t-il pas qu’il nous arrive de Diarbekir de faux monumens assyriens ! La fraude a été reconnue et signalée par le savant dont un des livres avait été mis à profit, non sans adresse, pour la fabrication des inscriptions cunéiformes dont ils sont ornés, par M. F. Lenormant.