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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/118

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ne revoit jamais sans un joyeux battement de cœur, que l’on ne quitte pas sans être ému de tristesse et sans déjà songer au prochain voyage.

Florence est au premier rang de ces lieux « que l’on admire et qui touchent. » Naples, Rome, Athènes, vous offrent soit des paysages plus éblouissans et plus grandioses, soit des monumens plus variés et d’une perfection plus étonnante encore ; mais, sur les bords du golfe de Naples, une nature trop séduisante, on pourrait presque dire trop belle, vous enchante et vous alanguit de ses caresses, endort la réflexion, invite à la paresse. A Rome, ce sont les distances qui vous lassent, les contrastes entre le présent et le passé qui vous choquent, le climat qui vous gêne en vous astreignant à des précautions incommodes. En Grèce, vous ne trouvez que l’antiquité ; rien ne rappelle l’effort des grands siècles qui ont fondé le monde moderne ; la barbarie turque a rompu la chaîne des temps. Si vous n’êtes pas archéologue, vous avez bien vite épuisé l’Attique ; sans moins admirer le ciel et la mer d’Athènes, ses horizons et ses monumens, vous vous sentez bien loin de cette civilisation dont vous êtes le fils ; malgré vous, vos regards se tournent vers l’Occident, non sans quelque regret et quelque impatience.

Florence au contraire, comme par une faveur unique de la destinée, réunit tous les avantages, tous les attraits qui semblent ailleurs s’exclure les uns les autres. La vallée de l’Arno est belle d’une beauté qui toujours a touché les poètes et les artistes. Le cadre est digne du tableau. Florence a ce qui manque à Paris, ce que possèdent Naples, Rome et Athènes, le voisinage des montagnes, dont les sommets inégaux, souvent enveloppés de nuages ou couverts de neige, dont les pentes accidentées donnent à tous les aspects une grandeur et une variété qui empêchent le regard de jamais se lasser.

Cette nature a sa richesse et sa grâce. Pour les goûter, allez passer une matinée d’avril ou une après-midi d’octobre dans quelqu’une des villas situées sur une de ces collines d’où l’on découvre la ville avec ses coupoles, ses clochers et ses tours. La vue, qui se promène au loin sur la cité, sur la plaine animée et fertile, sur les détours de l’Arno, sur les chaînes diverses des Apennins, n’est pas moins charmée par les objets tout proches, par les premiers plans du paysage florentin. Au bord des ruisseaux et près des puits, la canne de Provence, dessinant de longues haies ou formant d’épais massifs, monte en fusée, s’incline et bruit sous le vent qui passe. Sur les pentes, parmi le clair feuillage des oliviers et les guirlandes de la vigne, les maisonnettes des métayers,