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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/918

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L’AVORTEMENT DU CONGRÈS


I.

« Je tromperais la chambre, si je lui laissais l’impression que la conférence aura devant elle une tâche aisée à accomplir. Les parties à consulter sont nombreuses : toutes viendront à la conférence avec leurs idées et leurs intérêts, et chacune d’elles, en abordant la tâche commune, envisagera les questions non-seulement en elles-mêmes, mais encore au point de vue de leur influence sur la politique européenne, qui en somme se compose de l’ensemble de toutes ces questions. Arriver à concilier toutes les divergences ne sera pas, pour les négociateurs, une tâche d’une difficulté ordinaire. Le gouvernement fera ce qu’il pourra pour amener un résultat satisfaisant ; mais quel sera le résultat ? Il ne serait sage de la part de personne de vouloir le prédire. » C’est en ces termes, qui ne sauraient être taxés d’un excès d’optimisme, que lord Derby s’exprimait au sein de la chambre des lords, le 8 mars dernier. Le traité de San-Stefano avait été signé dans la soirée du 3 mars ; mais la teneur n’en était point encore connue, et l’opinion s’était accréditée qu’avertie par l’impression que les préliminaires de la paix avaient produite, la Russie avait adouci la rigueur de quelques-unes des conditions imposées à la Turquie. Quels eussent été et les sentimens du peuple anglais et le langage de ses ministres, si la vérité tout entière leur avait été connue !

C’est le 23 mars seulement que le texte du traité a été officiellement communiqué aux gouvernemens occidentaux : il a été immédiatement rendu public, et l’on a pu se convaincre combien la Russie a tenu peu de compte du programme élaboré par la conférence de Constantinople, quoique la nécessité d’assurer l’exécution de ce programme ait été le prétexte invoqué par elle pour déclarer la guerre à la Turquie. La conférence avait demandé pour les Bulgares des franchises locales et une administration chrétienne : la Russie fait de la Bulgarie une principauté autonome qu’un tribut à fixer ultérieurement rattachera seul à l’empire turc, et elle donne à cette principauté un territoire dont rien ne faisait prévoir et dont