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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/863

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songent à accroître le nombre, aujourd’hui trop restreint, des électeurs politiques ; en accomplissant cette importante réforme, ils feront bien de ne pas oublier que, pour n’être point un danger public, l’extension du droit de suffrage doit accompagner et non précéder les progrès de l’instruction et de la civilisation. En Italie, les inconvéniens d’une franchise illimitée seraient d’autant plus sensibles qu’une plus grande partie du peuple est restée sous l’influence d’un clergé souvent encore hostile à l’unité et aux institutions.

Parmi les conditions défavorables à l’exercice régulier des libertés publiques, il fallait naguère mettre en première ligne le manque d’éducation politique du pays : en 1860 en effet, plus des trois quarts de la population, tous les pays étrangers à l’ancien royaume de Sardaigne, étaient entièrement novices à la vie publique. Il n’en est plus de même aujourd’hui, l’initiation est complète, et l’apprentissage terminé. L’ensemble de la péninsule compte déjà près de dix-huit ans, le Piémont et la Ligurie près de trente années d’une vie politique régulière, sans coup d’état, sans révolution, on pourrait presque dire sans crise d’aucune sorte. Quel est celui des grands états du continent qui pourrait se vanter d’une telle ancienneté, d’une telle continuité de libertés parlementaires ?

Ce nouveau royaume, qui a si vite dépassé la plupart de ses aînés, n’en a pas moins rencontré sur son chemin plusieurs pierres d’achoppement. Aux difficultés ordinaires des gouvernemens libres il s’est ajouté au sud des Alpes des difficultés particulières dont quelques-unes subsistent encore. Parmi ces dernières se pourrait ranger la pénurie financière qui a contraint le parlement à charger le pays de nouveaux impôts, au risque de rendre odieuse ou impopulaire une forme de gouvernement qui se montrait si onéreuse. Un autre danger, c’était l’indifférence d’un grand nombre des électeurs et le peu d’assiduité de beaucoup des élus. L’Italie présentait le singulier phénomène d’un pays où la vie politique était intense et où les comices électoraux étaient souvent déserts, le sénat et la chambre souvent presque vides. Encore aujourd’hui, il n’y a guère d’élections sans ballottage, alors même qu’il n’y a que deux candidats, et, pour être en nombre, les chambres sont parfois obligées d’user du télégraphe. Ce mal tenait à plusieurs causes, au défaut de mœurs politiques chez les électeurs, soudainement appelés à exercer des droits dont ils n’appréciaient pas toujours l’importance ; — au défaut de conscience ou au défaut de ressources chez certains des élus, qui, ne recevant point d’indemnité pécuniaire, étaient peu disposés à abandonner les soins de leur profession, et remplissaient en amateurs un mandat dont eux non plus