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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/829

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cour des monnaies, trois fois prévôt des marchands, a été secrétaire perpétuel de la classe des lettres, et son fils aîné, Antoine de La Tourrette, a été secrétaire de la classe des sciences jusqu’en 1798.

Antoine de La Tourrette faisait de la botanique en grand seigneur ; des arbres de tous les pays, des plantes rares cultivées à grands frais, attiraient les étrangers, les savans et les curieux, dans son parc et son château de Larbresle. Rousseau, dont on connaît le goût pour la botanique, se lia étroitement, pendant ses dernières années, avec La Tourrette. De la Grande-Chartreuse, où ils étaient allés herboriser ensemble, il écrit à Du Péron : « Que n’êtes-vous des nôtres ? vous trouveriez dans notre guide un botaniste aussi savant qu’aimable, qui vous ferait aimer toutes les sciences qu’il cultive. » C’est à La Tourrette que sont adressées ses lettres sur la botanique, c’est aussi à La Tourrette qu’il écrivit cette lettre si noble où, devant une si grande renommée, il oublie tous les griefs, toutes les inimitiés, pour souscrire à la statue de Voltaire.

Un autre membre plus illustre encore de cette noble famille est le frère d’Antoine de La Tourrette, le comte de Fleurieu. Astronome, ingénieur, habile et savant marin, grand administrateur, le comte de Fleurieu introduisit divers perfectionnemens dans la marine ; directeur-général des ports et des arsenaux, il contribua au succès de la guerre d’Amérique. Pendant quelques mois, en 1791, il fut ministre de la marine. Enfin c’est lui que Louis XVI, peu de temps avant le 10 août, avait choisi pour gouverneur du royal et malheureux enfant réservé à un si triste destin, Le comte de Fleurieu, qui a vécu jusque sous l’empire, est mort sénateur, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes.

Presque au même temps, aux derniers jours de la monarchie, un autre membre de l’académie de Lyon, Roland de La Platière, était nommé ministre de l’intérieur. Félicité par ses confrères, il répond par une lettre aussi affectueuse et empressée que pleine de tristes pressentimens : « Mes chers confrères, mes amis, j’ai plus besoin que jamais de vos conseils. Je suis sûr de mes principes, de mon zèle, de mon activité, voilà ce dont je puis répondre. S’il ne fallait que du courage et du patriotisme, j’aurais la noble présomption de ne pas me consacrer en vain au bonheur de mes concitoyens ; mais, dans les temps d’orage, le pilote a beau rester fidèle à son poste, si les manœuvres qu’il prescrit restent sans exécution, si les résistances épuisent ses forces, il n’a plus qu’à gémir sur le sort dont sont menacés ceux qui voguent, comme lui, sur cette mer agitée. » En terminant, il exprimait le vœu, qui ne devait pas être exaucé, de venir bientôt reprendre sa place au milieu de ses confrères.

Les Mathon de La Cour ne sont pas moins dignes de mémoire et d’éloge que les de Fleurieu. Le père, Jacques Mathon de La Cour, à