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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/826

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de danger et de courage aux violences de la Montagne. Il est mort dans les premières années du XIXe siècle, membre de l’académie de Saint-Pétersbourg et correspondant de l’Institut. Un autre membre de l’académie, Gabriel Jars, mort, comme Patrin, correspondant de l’Institut, au commencement du siècle, s’est fait un nom dans la science par ses explorations, en Suède et en Norvège et par ses travaux métallurgiques.

Le buste sculpté par Chinard, qu’on voit à l’entrée du jardin botanique, est celui d’un Lyonnais non moins digne de mémoire, de l’abbé Rozier, grand agronome dans un temps où l’agronomie était si fort en honneur. Écrasé dans son lit par une bombe, pendant le siège de Lyon, l’abbé Rozier a laissé inachevé son grand ouvrage sur l’agriculture, dont les matériaux ont péri avec lui. La Société d’agriculture de Lyon a fait graver sa figure sur ses jetons et s’est placée sous son patronage. Citons encore les noms de deux autres abbés lyonnais du même temps qui appartinrent l’un à l’Académie des sciences, l’autre à l’Académie française, l’abbé Bossut et l’abbé Morellet.

Parmi les savans dont l’académie a le droit d’être fière, nous n’aurons garde d’oublier les quatre de Jussieu, Antoine, Bernard, Joseph, Antoine-Laurent, cette glorieuse dynastie de grands botanistes, tous les quatre Lyonnais et associés de l’académie, tous les quatre membres de l’Académie des sciences. Des savans passons aux littérateurs, aux poètes, aux artistes, dont la liste n’est ni moins riche ni moins brillante dans l’histoire de la compagnie, depuis ses commencemens jusqu’à nos jours.


III

Parlons d’abord des poètes. Il y en avait beaucoup au XVIIIe siècle, surtout dans les académies. Quel académicien ne se croyait pas obligé d’être un peu poète ? Magistrats, médecins, jésuites, physiciens, et même mathématiciens, tournaient des vers, les uns en français, les autres en latin ; presque tout le monde faisait des distiques ou des quatrains. Sourions un peu, je le veux bien, mais ne soyons pas trop sévères pour cette innocente manie des académiciens nos aïeux ; parmi tant de petits vers, s’il en est qui sont fades et médiocres, d’autres, en bon nombre, sont jolis, ingénieux, bien tournés, et faisaient sans doute une diversion agréable au milieu de matières arides, entre de graves lectures ou de savans mémoires. L’esprit un peu maniéré, le bel esprit lui-même n’est-il pas préférable aux goûts moins délicats, à l’indifférence aux choses de l’esprit dont il semble que la mode ait succédé dans bien des sociétés ou