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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/824

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cabinet de Falconnet, a grandi et s’est développée. Elle a maintenant des lettres patentes, des statuts approuvés, un lieu officiel pour ses réunions, d’abord à l’archevêché, puis à l’hôtel de ville. Elle ne sera mise en possession de la belle salle du palais Saint-Pierre, où elle tient actuellement ses séances, qu’en 1828. Au lieu de sept membres, elle en eut bientôt vingt-cinq, puis en 1758, le nombre consacré de quarante, lors de sa réunion avec la Société des beaux-arts, A partir de cette réunion, elle prend le nom qu’elle porte aujourd’hui, d’Académie des sciences, belles-lettres et arts. La voilà devenue une institution publique ayant une grande place dans la cité et désormais liée à son histoire.

Nulle académie de province peut-être n’a eu parmi ses membres plus d’hommes qui se soient fait un nom dans la république des lettres. Avec les lettres de Boileau et de Jean-Baptiste, qu’on parcoure celles des autres grands écrivains du siècle, de Jean-Jacques Rousseau et surtout de Voltaire, on y rencontre presque à chaque page le nom de quelque académicien lyonnais, tant cette académie, de même que d’autres à la même époque, a été étroitement mêlée au grand mouvement littéraire et philosophique du XVIIIe siècle !

Pour être bien avec les philosophes, elle n’en eut pas moins les meilleures relations avec les jésuites, ses voisins du collège de la Trinité, aujourd’hui le lycée de Lyon, jusqu’à ce qu’ils fussent remplacés par les oratoriens ; elle en eut, qui ne furent pas moins bonnes, aussi avec les rédacteurs du Journal de Trévoux. Ce grand collège de la Trinité attira et retint à Lyon, à l’avantage de l’académie, un certain nombre de jésuites remarquables par leur savoir ou leur esprit, mathématiciens, érudits, historiens, beaux esprits, poètes en latin, plus souvent qu’en français, et grands amateurs, ce qui est à leur éloge, de lettres païennes. Parmi eux, quelques-uns eurent l’honneur de faire partie de l’académie. Aux pères Saint-Bonnet et Fellon, que nous avons déjà cités, il faut ajouter les pères Vitry, Béraud et Colonia.

Le père Vitry a été un des principaux rédacteurs du Journal de Trévoux, où il est fait si souvent mention des travaux de l’académie de Lyon. Le père Béraud a été le maître de Bossut, de Montucla, de Lalande, tous de Lyon ou de ses environs, et qui forment dans son histoire une chaîne continue de grands mathématiciens, à partir de Desargues, l’ami de Descartes, le précurseur de Monge et de la géométrie descriptive, jusqu’à Ampère, le plus grand de tous, qui est né à Poleymieux, à deux lieues de Lyon, et qui a professé les mathématiques à l’ancien collège de la Trinité.

Le plus célèbre de ces jésuites académiciens est le père Colonia, érudit et archéologue, auteur de l’Histoire littéraire de Lyon. Après