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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/81

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Anderson trace de la région qu’il a visitée un tableau tout attrayant ; la fertilité du sol paraît admirable ; si de chétifs arbrisseaux couvrent seuls les collines voisines de la mer, à peu de distance, c’est la forêt de grands arbres d’une étonnante vigueur et de l’aspect le plus majestueux ; le climat est agréable, la température n’étant ni très chaude l’été ni très froide l’hiver. Le chirurgien de la Résolution énumère les plantes et les animaux répandus dans le pays, les richesses de la mer ; il dépeint les insulaires, les jeunes gens à la physionomie ouverte, les hommes d’âge mûr à l’air sérieux ou même dur, quelques-uns ayant le visage sillonné par un tatouage en lignes spirales ; — l’observateur n’a pu apprendre si le tatouage est un effet du caprice ou une marque de distinction ; chez les femmes, il est toujours limité aux lèvres et au menton. Anderson décrit les habitations, misérables huttes faites avec adresse, l’ameublement qui se compose d’un petit nombre de sacs et de paniers, les engins de pêche et en particulier les hameçons en bois terminés par une pointe en os, puis les pirogues, parfois d’une construction remarquable et souvent ornées d’une grosse tête sculptée qui semble être la figure d’un homme pris de violente colère. Le savant chirurgien s’émerveille de l’habileté des Néo-Zélandais confectionnant des outils, des instrumens, des armes avec des pierres, des coquillages et des os ; il s’attriste au sujet de la malpropreté, des goûts grossiers, des actes de frénésie ou de cruauté de ces insulaires. A cet égard, on est déjà instruit par les premières relations. Le 20 février 1777, le capitaine Cook quittait la Nouvelle-Zélande ; nous n’avons pas à le suivre dans les autres parties de l’Océan-Pacifique [1].

L’opinion de Cook et de ses compagnons relative à des établissemens européens sur des terres australes n’était pas oubliée, lorsqu’en 1788 s’agita dans le parlement de la Grande-Bretagne la question d’une colonie pénitentiaire par-delà les mers : on cita la Nouvelle-Zélande comme endroit propice pour l’expérience. L’idée ne fut point accueillie : on se souvenait de Tasman, de Mari on, de Furneaux ; le cannibalisme des sauvages inspirait la terreur. Les Anglais voulaient porter les malfaiteurs le plus loin possible du pays ; ils ne désiraient pas qu’ils fussent mangés.

Le capitaine George Vancouver eut la mission de continuer dans l’Océan-Pacifique Les recherches de Cook ; il avait secondé l’illustre marin pendant ses derniers voyages. Parti en 1791 avec deux bâtimens sous ses ordres, au mois de novembre de la même année il

  1. On sait que le célèbre navigateur fut tué à Owhyhee, l’une des îles Hawaï, le 14 février 1779.