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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/773

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peut pas ne pas être, qu’il ne peut ni commencer ni finir ; qu’en outre il ne peut pas changer, car alors il ne serait plus absolument l’être, puisque je passé implique quelque chose qui n’est plus, et le futur quelque chose qui n’est pas encore. Appliquant la même analyse à l’idée de non-être, ils diront que le non-être ne peut pas exister, puisqu’il est non-être ; or, partout où il y a pluralité, et changement, il y a non-être, il y a du plus ou du moins ; or l’être ne peut être qu’un, et il remplit tout, sans être plus dans un endroit que dans un autre. C’est ainsi que l’école d’Idée arrivait d’emblée aux dernières limites de la dialectique spéculative. Elle niait le monde, les choses sensibles et surtout le mouvement. Elle se bornait à affirmer l’unité immobile.

Nous n’avons pas encore épuisé la série des hypothèses que nous présente la première période de la philosophie grecque.

Nous rencontrons d’abord deux théories qui semblent destinées à rapprocher et à concilier l’esprit italique et l’esprit ionien. L’une et l’autre ont pour principal problème l’origine du mouvement. L’école italique niait le mouvement, elle ne s’occupait donc pas de sa pause. L’école d’Ionie faisait du mouvement lui-même un principe en l’identifiant à la loi essentielle des choses. Empédocle et Anaxagore en recherchent la cause. Or le mouvement, comme l’avait très bien montré l’école d’Ionie, se présente à nous sous deux formes : réunion et séparation ; les choses, comme dirait la science moderne, s’attirent ou se repoussent. Empédocle, frappé de ce double fait, proposa une double cause de mouvement : l’amour et la discorde. Cette hypothèse dualiste, qui rappelle le dualisme de la Perse et de l’Égypte, et qui, traduite dans le langage de la physique moderne, représente l’opposition des forces attractives et répulsives, peut être considérée comme une des conceptions capitales de l’esprit humain. En même temps, une autre conception, plus ou moins mêlée aux hypothèses antérieures, mais qui ne s’était pas encore dégagée, est exposée avec éclat par un des philosophes de l’école d’Ionie, par Anaxagore : c’est celle d’une intelligence principe des choses. Anaxagore est le premier qui ait conçu la séparation de l’intelligence et du monde, du Νους et du Κοσμος. Il admet avec les Ioniens le mécanisme, le principe du mélange. Tout est mêlé, tout est confondu. L’intelligence paraît, sépare toutes choses et dispose tout pour le mieux. De tous les principes proposés jusque-là par les philosophes, voilà le premier qui mérite le nom de Dieu. Nous savons à la vérité par des témoignages certains qu’Anaxagore ne sut pas tirer parti de ce principe et qu’il invoqua le plus souvent des explications physiques pareilles à celles de ses devanciers ; mais sa pensée est si grande qu’il faut le glorifier éternellement de l’avoir émise, ne l’eût-il pas saisie et appliquée avec toute la force