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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/735

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LA MAISON

DES DEUX BARBEAUX

PREMIERE PARTIE.

I.

En 1860, la raison sociale : Lafrognc père et fils, droguistes à Villotte, figurait encore en tête des factures de la maison, bien que, depuis plusieurs années déjà, Lafrogne père dormît sous les hautes herbes du cimetière Sainte-Marguerite. Cet établissement, fort achalandé, était connu dans tout le Barrois sous le nom du Magasin des deux Barbeaux, grâce à l'idée ingénieuse du père Lafrogne, qui avait pris pour enseigne les armes de Villotte : (( deux barbeaux adossés sur champ d'azur semé de croisettes d'or. » Située rue du Bourg, dans un quartier mi-bourgeois et mi-commerçant, la maison Lafrogne est un des spécimens les plus purs de l'architecture lorraine de la fin du xvi« siècle. La façade, bâtie en pierre dure de Savonnières, a pris avec le temps de jolis tons d'un gris rosé. La porte d'entrée en bois plein, délicatement ouvragée et agrémentée d'un heurtoir en fer, est encastrée dans une arcade dont un chérubin joufflu forme la clé, et dont l'entablement est lui-même surmonté d'un cartouche qui renfermait jadis les armoiries du seigneur du logis, mais où maintenant s'étale prosaïquement le numéro de la maison. Les chambranles des fenêtres sont formés par des sirènes, sculptées en haute bosse, qui sortent la poitrine nue d'une gaîne de feuillage et soutiennent de leurs têtes fines et rieuses un fronton échancré. Pour relier les détails de cette décoration élégante et sobre, de légers pilastres cannelés TOME XXVI. — 15 AVRIL 1878, 47