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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/725

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mars 1878.

Convenons-en, tout ce qui se passe depuis quoique temps est bien étrange. Le monde n’est pas pour le moment à la sagesse, à l’équité souveraine, et si la France, dans ses modestes, dans ses laborieuses affaires intérieures, n’est pas encore à l’abri des petites crises, des conflits peu raisonnables ou des incohérences, ce n’est sûrement pas l’Europe qui lui donne l’exemple de l’esprit de conduite, de l’esprit de modération et de prévoyance. Ce n’est pas du Nord que nous vient aujourd’hui la lumière, c’est-à-dire la justice. C’est du Nord au contraire que nous viennent plus que jamais les obscurités et les menaces sous la forme de déchaînemens de la force sans contre-poids. On a laissé éclater et s’étendre une guerre qui, sous l’apparence d’un conflit oriental, affectait évidemment l’Occident tout entier. Pendant que la Russie entrait hardiment en action, on a temporisé, on a joué aux petits jeux de la diplomatie expectante, et l’on se réveille tout à coup dans la situation la plus troublée, en présence de ce traité de San Stefano qui ranime tous les antagonismes, qui, en ayant l’air d’être une œuvre de paix, n’est qu’un signal de complications nouvelles.

A l’heure qu’il est, les faits se pressent. Le congrès qui devait se réunir à Berlin, sur lequel on comptait pour un effort suprême de conciliation, ce congrès s’est évanoui avant d’être une réalité. Entre l’Angleterre et la Russie, l’entente n’a pu s’établir sur l’objet même ou sur les limites d’une délibération diplomatique, et l’irritation ne fait que s’accroître. Le plus sérieux représentant de la politique de concessions dans le cabinet de Londres, lord Derby, vient de donner sa démission, et lord Beaconsfield vient d’annoncer au parlement l’intention de mobiliser les réserves de l’armée activa ; le différend des deux diplomaties se dévoile dans toute sa gravité, tandis que sur le théâtre même des événemens possibles, autour de Constantinople, les Russes campés sur le rivage, et les vaisseaux anglais qui sont dans la mer de Marmara, en sont presque à se défier. A Vienne, le comte Andrasay a tenu jusqu’à ces