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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/69

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groupes de la race polynésienne. Les rapports des membres de l’expédition anglaise avec les insulaires attestent d’autre part l’isolement prolongé des possesseurs actuels du sol de Te-Ika-a-Mawy et de Te-Wahi-Pounamou. Ce peuple de la Nouvelle-Zélande, qui depuis des siècles a échappé à tout contact extérieur, témoigne une profonde aversion pour les étrangers : il semble les regarder comme des ennemis qu’il faut absolument détruire. Du reste, il passe avec une incroyable facilité de l’extrême défiance à la confiance absolue ; il est brave, hardi, téméraire, vindicatif, il a des instincts féroces et des élans de générosité, il est perfide, enclin au vol et il a des sentimens affectueux ou délicats. Cette étonnante mobilité, répondant à la soudaineté des impressions, est bien l’indice de l’état primitif d’une race humaine ; chez les nations civilisées, pareille mobilité se manifeste aux jours de désordre parmi les foules. La population qu’observent pour la première fois le capitaine Cook, Banks et Solander se montre clair-semée, particulièrement sur l’île du sud ; elle n’a point de gouvernement. Divisée en une multitude de petits groupes obéissant à des chefs, l’hostilité règne entre les tribus, les guerres se renouvellent sans cesse, et volontiers on se figure qu’elles doivent avec le temps conduire à une extermination presque générale. La race qui domine se distingue par un beau développement physique ; les hommes, de haute stature et de belle mine, sont vigoureux, agiles, la plupart d’une santé florissante, même dans l’âge avancé ; moins bien douées sont les femmes, qui ne cherchent guère à se rendre séduisantes par des soins personnels. Les maris gardent quelque jalousie pour leurs femmes, mais sans vergogne les pères livrent leurs filles en retour d’un objet de convoitise. Ce peuple de la Nouvelle-Zélande est plein d’adresse pour construire des pirogues de toute dimension, des filets de pêche, des abris temporaires ou des demeures permanentes, plein d’habileté pour édifier des fortifications dans les endroits les plus propices à la défense. Il a le goût des ornemens et possède un certain art dans l’imitation grotesque de la figure humaine ; il donne des preuves d’une intelligence vive, et pourtant ne manifeste ni l’esprit de curiosité, ni l’attention soutenue qui conduisent à l’accomplissement de grands travaux. Avec la pénurie des ressources alimentaires, étant peu adonné à lia culture de la terre et ne connaissant aucune boisson spiritueuse, il reste sobre ; à l’occasion, il fait ses délices des repas de chair humaine. Sans peine, les Néo-Zélandais bravent le froid ; ils passent des nuits en plein air. S’ils manœuvrent les pagaies, s’ils exécutent des ouvrages qui exigent l’entière liberté des bras, ils sont presque nus ; seules les parties, inférieures du corps restent couvertes. Dans son ensemble, le costume des jours