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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/65

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des balles, du petit plomb, des verroteries, afin de laisser la preuve que le petit monument n’est pas l’œuvre des habitans. Toujours préoccupé du passage de l’ouest à l’est, Cook entreprend encore l’ascension d’une montagne ; il a la joie de revoir la côte orientale et de distinguer dans le détroit plusieurs îlots et des baies qu’il juge de bons mouillages. Toute trace d’hésitation a été chassée de son esprit. Un poteau solide, portant une inscription qui relate le nom du vaisseau britannique et la date de son séjour, a été préparé. On va le planter de façon à être aperçu de loin, sur une petite île du nom de Motuara, située à quelque distance de la côte. On se rend au village, et l’on informe le vieillard, qui est monté abord dès l’arrivée du navire, et les divers habitans, que l’inscription attestera aux navigateurs qui pourront être conduits en ces parages la première visite des Anglais en ce lieu. En souvenir, le chef reçoit une piécette d’argent et quelques clous, chacun des autres une bagatelle ; tous promettent que l’inscription sera respectée. A la baie profonde, qui semble un canal limité par une langue de terre, fut imposé le nom de la reine Charlotte [1]. Consulté au sujet du détroit, le vieux Néo-Zélandais affirma l’existence au sud de deux îles qu’il appelait Te-Wahi-Pounamou, disant qu’au nord-est il y avait Te-Ika-a-Mawi, dont la circumnavigation exige plusieurs lunes. En cette circonstance, les Anglais entendirent pour la première fois prononcer les noms des grandes terres qui forment la Nouvelle-Zélande. Le 31 janvier, on avait coupé le bois nécessaire, complété la provision d’eau, tout était prêt pour continuer l’exploration ; mais dans la soirée s’éleva un ouragan terrible, accompagné d’une pluie abominable. Cette nuit, le silence régna dans les bois d’où venaient habituellement aux oreilles les chants joyeux des petits oiseaux. Le lendemain, la violence de la tempête avait encore augmenté ; plusieurs jours s’écoulèrent sans qu’il fût possible de mettre à la voile. On eut ainsi l’occasion de discerner les sentimens des insulaires à l’égard des étrangers. Parmi les habitans du village, les uns semblaient contristés, les autres enchantés de les voir partir. MM. Banks et Solander, qui profitaient de toutes les circonstances pour entreprendre de nouvelles excursions, tombèrent une fois au milieu d’une famille agréable, comme on n’en avait pas encore trouvé. Les principaux personnages, assis sur des nattes, étaient une femme et un enfant tout gentil d’une dizaine d’années. La femme, veuve depuis peu de jours, paraissait inconsolable ; suivant la coutume, son corps pleurait des larmes de sang. Les autres membres de la famille, au

  1. Queen Charlottes Sound. L’extrémité de la langue de terre est appelée par les indigènes Koamarou.