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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/63

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dresse une montagne : le mont Camel de la carte de Cook. Après avoir essuyé des grains d’une violence inouïe, l’Endeavour se trouva juste devant l’extrémité de la Nouvelle-Zélande par 34° 22’ de latitude. La péninsule étant assez haute et l’isthme très bas, on croirait voir une île toute ronde. Cook, poursuivant sa marche vers l’ouest, ne tarda point de rencontrer une petite île environnée d’îles encore plus petites et de rochers : les Trois-Rois, que signala Tasman. C’était le 24 décembre 1769. Le 27 du même mois se déchaîna une horrible tempête, la mer devint furieuse ; il fallut gagner le large. Les ouragans se succédèrent comme on ne pouvait guère s’y attendre en cette saison d’été. Le 1er janvier 1770, Cook s’était rapproché de la côte occidentale de la Nouvelle-Zélande et passait près du cap Maria van Diemen. Ayant remonté au-delà du 36° degré de latitude australe, on ne voyait toujours qu’un pays désolé, des collines de sable, à peine çà et là quelques traces de verdure, puis la mer immense et déserte, soulevée par le vent d’ouest, brisant avec fureur contre les rochers du rivage et produisant un épouvantable ressac. On continua de suivre cette côte de misérable apparence sans incident bien notable jusqu’au jour où l’on aperçut au milieu d’une plaine verdoyante un pic d’une certaine ressemblance avec le pic de Ténériffe. La montagne était alors en partie cachée par les nuages, seule la cime couverte de neige les dominait. Le pic situé par 39° 16’ de latitude, appelé par le commandant de l’Endeavour : le mont Egmont, se voit à longue distance et plus d’un navigateur parti des rivages de l’Australie est venu reconnaître tout d’abord le mont Egmont, pour se diriger ensuite vers un point déterminé de la Nouvelle-Zélande. Au sud, le pays est fort élevé ; collines et vallons apparaissent dans une interminable succession. Bientôt on se trouva en face d’une large ouverture ; il y avait plusieurs baies : Cook résolut de mouiller dans l’une d’elles. Durant la tempête, le navire avait souffert ; des réparations étaient urgentes. Tout près de la côte existait un village ; les habitans eurent hâte d’accourir dans leurs pirogues manifester la défiance et prodiguer les menaces. Un vieillard néanmoins, s’étant approché du vaisseau, témoigna le désir de monter à bord. Reçu avec des démonstrations d’amitié, il partit comblé de présens, et par la suite on vécut en bonne intelligence avec les indigènes. L’endroit choisi comme station ne laissait rien à souhaiter : un torrent d’une eau excellente, du bois à profusion devaient suffire à toutes les nécessités. Le pays s’offre aux yeux sous l’aspect d’une forêt sans limites. Des femmes et quelques hommes portaient une coiffure que les Anglais n’avaient point encore eu l’occasion d’observer ; elle se composait d’un énorme bouquet de plumes noires disposées en rond et couvrant toute la tête. Aux questions adressées aux insulaires, s’il était jamais venu en ces