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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/61

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Du haut d’une colline, le spectacle est délicieux ; plusieurs villes, des plantations, des maisonnettes éparses, se dessinent au milieu d’une végétation splendide. Tout le long du rivage, ce sont de petites îles en quantité innombrable, des havres où l’eau demeure tranquille comme sur les étangs. Telle est la baie des Iles. Le pays est mieux peuplé que les autres points de la côte déjà relevée par les navigateurs. La population se distingue par sa vigueur, même par sa beauté ; les hommes sont de haute taille. Beaucoup d’entre eux portent non-seulement sur le visage, mais encore sur les parties les plus charnues du corps, des tatouages en spirales compliquées. Tous ont des cheveux noués sur le sommet de la tête, et la coiffure des chefs est surmontée de quatre plumes blanches disposées comme les pétales de la fleur d’une plante de la famille des crucifères.

Une fois, on descend à terre dans un endroit éloigné du mouillage du navire. A la vue des étrangers, tous les habitans se sauvent, à l’exception d’un vieillard qui, promptement gagné par des cadeaux, accompagne les visiteurs. Les Anglais étant arrivés près d’un petit fort bâti sur un rocher à marée haute entièrement entouré par la mer, le bon vieux se montre inquiet. Au désir exprima de voir l’intérieur de l’enclos, il répond, après une certaine hésitation, que sa femme est là ; pourtant, si l’on promet de se comporter avec convenance, il introduira les étrangers. Promesse donnée de façon à dissiper toute crainte, le vieillard indique le chemin. L’ascension n’était ni agréable ni sans péril ; elle se faisait par un escalier dont les marches étaient de simples entailles pratiquées dans un énorme pieu. Trois femmes se trouvaient dans la chambre ; en apercevant des gens inconnus et sans doute pour elles fort extraordinaires, elles se mirent à fondre en larmes, à manifester une surprise et un effroi inexprimables. On fit taire les appréhensions de ces pauvres femmes avec quelques jolies bagatelles ; au moment de la séparation, on était charmé les uns des autres. Le séjour de l’expédition anglaise à la baie des Iles ne fut pas sans ennui. Les rapports avec les indigènes, parfois paisibles, se trouvèrent souvent aussi déplorables que dans plusieurs des premières rencontres. Le petit plomb et les balles sauvèrent des situations dangereuses ; le vent et la pluie attristèrent plus d’une journée. Le 5 décembre, le commandant voulut profiter d’une brise favorable pour sortir de la baie ; au soir, survint le calme. Entraîné par les courans et la marée, le navire alla donner sur les brisans, un peu plus tard il toucha sur un bas-fond, à la vérité sans graves dommages, mais il y eut à bord, des instans de terrible anxiété. Le vaisseau appareillant pour continuer la reconnaissance du littoral, des pêcheurs vinrent offrir de vendre du poisson. En voyant la petite seine qui était sur le