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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/607

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plaindre. L’histoire ne saurait se contenter de cette assertion et peut y opposer l’affirmation que Jacques Dupont mit la main dans la plupart des crimes commis à Nîmes les 18, 21, 24, 27 juillet, 1er et 19 août, crimes qui presque tous restèrent impunis parce que personne n’osa dénoncer leurs auteurs. Sa culpabilité résulte de l’aveu qu’il fit, en 1819, au baron d’Haussez, préfet du Gard, et duquel ressort la preuve qu’après les Cent jours il avait tué six individus : « J’ai cherché ceux qui m’avaient déshonoré, dit-il, je les ai tous tués. Je ne m’en suis pas caché. C’était en plein jour, dans les rues, dans les maisons, partout où je les ai rencontrés ; si l’un d’eux m’avait échappé et qu’il fût là, je le poignarderais sous vos yeux [1]. » Elle résulte encore d’une lettre trouvée dans les archives de la petite commune d’Aubussargues [2], lettre écrite au maire, qui dépeint à merveille le personnage qu’une gravure du temps nous représente en uniforme d’officier de la garde nationale, portant son tricorne en bataille, avec une énorme cocarde blanche, et qui s’en allait dans les campagnes, dépouillant les habitations, maltraitant les gens, menaçant ceux qui n’obtempéraient pas sur-le-champ à ses exigences. Cette lettre dont le texte est sous nos yeux, toute criblée de fautes d’orthographe, fait allusion aux mauvais traitemens que le signataire a subis à Aubussargues, après la capitulation de la Palud, et réclame 50 francs qui lui auraient été dérobés et 150 francs pour l’indemniser de la perte de son équipement. Elle se termine comme suit : « Monsieur le maire, au défaut de ne vouloir pas me faire restituer, cet que je reclame et qui ma été volet, je me permetré de venir en personne avec ordre, et de force, je me ferait rendre pièce à pièce et pour éviter cette incendie, veulliet bien me l’envoyer de suite : Le capitaine dit TROIX TAILLION, JACQUES DUPONT. » Voilà bien le langage du chef de bandes qui dicte ses conditions. Il n’est question là ni des propriétés ravagées ni de la femme outragée. On est en présence d’un brigand qui ne sert la cause royaliste que pour faciliter l’exercice de son criminel métier [3], dont il faut voir

  1. Fragment des Mémoires inédits du baron d’Haussez, cité par M. Alfred Nettement dans ses Souvenirs de la Restauration.
  2. Par M. de Lamothe, archiviste du Gard, auquel nous devons de précieux renseignemens.
  3. Il est à remarquer que M. Bouy, maire d’Aubussargues, auquel cette lettre est adressée, était un homme d’une honnêteté scrupuleuse, qui s’était employé avec la dernière énergie pendant les Cent jours à protéger les catholiques habitant sa commune ou ceux qui la traversaient. Le souvenir de ses services dura longtemps, puisque nous voyons en 1816 les femmes de la halle de Nîmes se faire l’organe de la reconnaissance publique en refusant, quoiqu’il fût protestant, de recevoir le prix dos denrées qu’il achetait les jours de marché. Quant aux prétendus outrages dont la femme de Jacques Dupont aurait été victime, ou doit faire observer qu’on ne trouve pas un seul crime de ce genre parmi tous ceux qui furent commis en 1815 dans le Midi.