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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/60

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sauvages jettent un défi : « Venez sur le rivage, crient-ils, et nous vous tuerons tous. » Assurés qu’on ne songe nullement à engager une bataille avec eux, ils renouvellent les démonstrations hostiles. Un coup de fusil ayant été tiré sur l’un des bateaux, les insulaires, plus sensibles à ce genre d’argument qu’aux bonnes paroles, partent au plus vite. Le lendemain soir, deux pirogues s’approchent ; elles sont pleines de monde, et tout ce monde est paisible ; un des hommes s’annonce en disant connaître un vieux chef qui se loue beaucoup des étrangers ; il appelle Tupia par son nom. Le commandant invita ces braves gens à monter à bord et les renvoya comblés de petits présens. Cook ordonne de mettre la pinasse à la mer ; il y prend place en compagnie des naturalistes et du Taïtien, le précieux interprète, et bientôt il se trouve au milieu d’un large fleuve. A trois milles au-dessus de l’embouchure, on rencontre une ville entourée de marais ; ses habitans invitent les étrangers à la visiter ; ils avaient entendu louer leurs bons procédés. Après une courte halte, on poursuit la reconnaissance du superbe cours d’eau. Sur les rives s’élèvent des arbres magnifiques, et le marin songe tout de suite aux beaux mâts qu’on en tirerait. La journée finissait ; impossible de penser à la recherche des sources du fleuve ; on a parcouru dix-huit milles, et à cette hauteur la rivière est aussi large que la Tamise à Greenwich. Moins profonde, mais roulant sur un lit de vase, elle pourrait porter des bâtimens de moyenne dimension. Une course dans la forêt, où la beauté des arbres comme la variété des essences captivent l’intérêt, laisse l’impression d’un charme infini. Le soleil décline, il faut se rembarquer. Le vent, les averses de pluie, la marée, ralentissent la marche ; il est minuit lorsqu’on atteint la côte. Malgré la fatigue, les explorateurs doivent se résigner à chercher un abri dans une crique afin d’attendre le matin pour retourner au vaisseau. Néanmoins le commandant de l’Endeavour était content de la journée : le pays l’avait séduit, la grande rivière avait éveillé en son âme un souvenir de la patrie ; — désormais on parlera de la Tamise de la Nouvelle-Zélande [1].


III

Ayant tracé les contours de la baie où débouche le beau fleuve, on continue pendant plusieurs jours de s’élever au nord. Un cap situé par 35° 10’ 30" de latitude australe étant doublé [2], le navire britannique pénètre dans une ravissante baie qui deviendra célèbre dans les relations des Européens avec la Nouvelle-Zélande.

  1. Thames river, ainsi nommée sur la carte de Cook.
  2. Cap Bret.