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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/592

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LA
TERREUR BLANCHE

De tous les événemens de l’histoire contemporaine, il n’en est pas que, soit pour les flétrir, soit pour les absoudre, la passion des partis ait plus complètement défigurés que ceux dont le midi de la France vit se dérouler, après les Cent jours, les sanglantes péripéties. Cette qualification même de « terreur blanche » sous laquelle on s’est accoutumé à les désigner, en y comprenant les poursuites exercées par les cours prévôtales, prouve clairement, bien qu’elle soit devenue classique, qu’il y a eu dans les récits des premiers historiens de ces temps ignorance ou calomnie. La version à laquelle la plupart d’entre eux se sont ralliés ne saurait être considérée comme l’expression de la vérité. Elle n’a eu pour base que des légendes mensongères dont on ne trouve aucune trace dans les documens officiels et qu’aucune preuve n’est venue corroborer. Après M. de Vaulabelle, traçant de ces souvenirs douloureux une relation qui tient du roman, M. Odilon Barrot lui-même s’est trompé quand il écrivait dans ses Mémoires : « Les partis extrêmes n’ont rien à se reprocher en France ; ils ont successivement atteint, dans leur cruelle émulation, le dernier terme de la frénésie et de la férocité : 1815 peut servir de contre-partie à 1793, et la terreur blanche n’a pas grandement différé de la terreur rouge. » Mieux connue aujourd’hui, la vérité permet d’opposer à ces appréciations de fantaisie une protestation qu’un historien plus impartial que ses prédécesseurs, M. de Viel-Castel, a formulée en ces termes : « Il est bien évident que telle audience du tribunal révolutionnaire a fait tomber plus de têtes que tous les tribunaux de la restauration pendant deux années, et que Paris, dans une seule journée de septembre, a vu plus d’égorgemens que le Midi tout entier pendant l’été et l’automne de 1815. » Cette époque ne fut, hélas ! que trop fertile en réactions criminelles ; il n’était pas nécessaire de la charger et de