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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/580

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usages de l’église persécutée qui se cachait dans les catacombes.

Du cimetière de Calliste, dont il venait d’achever l’exploration, M. de Rossi comptait passer à celui de Prétextat, situé de l’autre côté de la voie Appienne. Sans être aussi vaste ou aussi renommé que son immense voisin, le cimetière de Prétextât n’en est pas moins l’un des plus importans de Rome. C’est là que, pendant la persécution de Valérien, le pape Sixte II fut surpris célébrant les saints mystères et décapité. Des fouilles y avaient été commencées il y a dix ans, et l’on y avait trouvé du premier coup des inscriptions et des peintures très curieuses. M. de Rossi songeait à les poursuivre et il espérait qu’elles lui fourniraient l’occasion d’études intéressantes pour achever le troisième volume de sa Rome souterraine. Mais lorsque, après le 20 septembre 1870, on essaya de reprendre les travaux entamés, le propriétaire du sol refusa d’y consentir. Il ne voulut ni vendre son terrain ni permettre qu’on le traversât pour arriver à la porte de l’hypogée, et comme on s’était un jour passé de sa permission pour faire quelques réparations indispensables, il se donna le plaisir de poursuivre devant les tribunaux de Rome le cardinal-vicaire et la commission d’archéologie sacrée. La porte du cimetière de Prétextat est donc aujourd’hui fermée à tout le monde, et M. de Rossi a dû renoncer à l’espoir de terminer son troisième volume par le récit des découvertes qu’on y avait déjà faites et de celles qu’il comptait y faire.

Heureusement, tandis que l’obstination d’un propriétaire peu ami des antiquités chrétiennes l’empêchait de pénétrer dans le cimetière de Prétextât, le hasard se chargeait de lui offrir ailleurs d’autres sujets d’études. L’histoire est curieuse et montre combien on peut attendre d’heureuses surprises, de bonnes fortunes inespérées, si l’on se met à fouiller avec un peu de suite cette terre de Rome si riche en trésors cachés. On avait retrouvé en 1867 l’endroit où une célèbre corporation païenne, celle des frères Arvales, qui priaient pour la fertilité des champs, tenait ses réunions. Ce lieu était situé à cinq milles de Rome, le long du Tibre, près du chemin qui mène à Porto. On y faisait des fouilles pour essayer d’y découvrir encore quelques-uns de ces procès-verbaux que la confrérie faisait graver sur la pierre, après chacune de ses cérémonies, et qui nous ont conservé tant de renseignemens précieux ; quel ne fut pas l’étonnement, quand on fut au pied d’une petite colline, d’y trouver, au lieu des monumens païens qu’on cherchait, une basilique chrétienne ! C’était une petite église du IVe siècle dont le fond, qui s’adosse à la colline, était assez bien conservé. On y voyait encore les deux marches par lesquelles on montait au chœur. L’autel avait été brisé par la chute des voûtes, mais on en trouvait sur le sol quelques débris. L’abside était intacte, et elle contenait la dalle de marbre qui servait de siège à l’évêque.