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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/574

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qui furent rattachées, dans les derniers temps, au cimetière principal. C’est le sujet du volume qu’il vient de donner au public.

Il faut se résigner d’avance à n’y pas trouver des révélations aussi nouvelles que dans les deux premiers. Les cryptes qu’il étudie sont d’une époque plus récente, et par conséquent plus connue et moins curieuse. Il y en a pourtant une qui présente un intérêt assez sérieux et qui rappelle de grands souvenirs : c’est celle de Sotère, qui prit le nom d’une sainte fille décapitée sous Dioctétien. Sotère était la tante de saint Ambroise, qui a souvent rappelé avec orgueil le souvenir de son glorieux martyre. « Elle appartenait, nous dit-il, à une illustre maison, mais elle préféra sa foi aux préfectures et aux consulats de ses pères, et quand on lui demanda de sacrifier aux idoles, elle aima mieux mourir. » Il raconte ensuite que le juge donna l’ordre de la frapper au visage, espérant que la jeune fille céderait à la vanité ou à la douleur ; mais elle entr’ouvrit sans émotion son voile de vierge et présenta résolument sa figure au bourreau. Quand on vit qu’on ne pourrait pas la vaincre par ces supplices de détail, on se décida à lui trancher la tête. « Sotère, nous dit-on, fut ensevelie dans sa catacombe, » c’est-à-dire dans une hypogée qu’elle avait fait creuser sur ses terres, et qu’elle donna à la communauté chrétienne. M. de Rossi en a fouillé les principales galeries, et il y a trouvé quelques tombes de sénateurs et de personnages importans. A ce moment où la chute de l’ancienne religion était proche, les grandes familles et le monde officiel se rapprochaient de plus en plus du christianisme. Parmi ces galeries, il en est une dont les tombes portent presque toutes le même nom, un nom glorieux, dont la célébrité remontait aux premiers siècles de Rome et qui venait de recevoir une illustration nouvelle, celui des Aurelii. La famille des Aurelii était alors divisée en deux branches également illustres, et qui s’étaient placées à la tête des deux partis qui divisaient Rome, celle des Symmaques et celle des Ambroises. Elles allaient produire deux grands orateurs, les plus fameux du siècle, qui devaient se retrouver en face l’un de l’autre dans le dernier combat que se livrèrent les deux religions rivales. Le préfet de Rome, Aurelius Symmachus, et l’évêque de Milan, Aurelius Ambrosius, qui soutinrent chacun la cause de leurs croyances dans la célèbre affaire de l’autel de la Victoire, étaient donc assez proches parens, et M. de Rossi est convaincu que cette galerie où il a retrouvé si souvent le nom des Aurelii était la sépulture de famille des parens de saint Ambroise. Il est bien naturel de penser que, devenus chrétiens, ils tenaient à reposer auprès de l’illustre martyr qui avait honoré leur nom.

La catacombe de Sotère contient aussi d’intéressantes peintures