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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/572

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M. de Rossi a retrouvé, dans le cimetière de Calliste, un escalier dont les marches sont brusquement interrompues. On ne pouvait arriver de là dans les galeries intérieures qu’au moyen d’une échelle que plaçait un complice à un signal convenu et qu’il retirait quand tous les fidèles étaient entrés. Mais ces précautions minutieuses ne parvinrent pas à sauver toujours les chrétiens. Nous savons qu’il y avait des espions et des traîtres parmi eux qui avertissaient la police. « Vous connaissez les jours de nos réunions, disait Tertullien aux magistrats, vous avez l’œil sur nous jusque dans nos assemblées les plus secrètes, aussi venez-vous souvent nous surprendre et nous accabler. » Les soldats de l’empereur pénétrèrent plus d’une fois aux catacombes, interrompant les cérémonies sacrées et frappant sans pitié tous ceux qu’ils pouvaient saisir. Des inscriptions, dont quelques fragmens nous sont parvenus, conservaient le souvenir de ces exécutions sanglantes. Peut-être retrouvera-t-on quelque jour cette chambre où furent enfermés et murés des malheureux qu’on avait surpris et qu’on laissa mourir de faim. Le pape Damase, dans les réparations qu’il fit aux cimetières chrétiens, avait voulu que le lieu témoin de cette scène terrible fût respecté ; il s’était contenté d’ouvrir dans la muraille une large fenêtre d’où les fidèles pouvaient voir les cadavres couchés sur le sol dans la situation où la mort les avait frappés.

Il est difficile que ces souvenirs nous laissent froids ; aussi éprouve-t-on un grand intérêt à parcourir les lieux qui les rappellent. Une visite aux catacombes peut commencer par l’indifférence ; mais, quand on y est conduit par M. de Rossi, elle ne s’achève pas sans une vive émotion. On les quitte avec un profond sentiment d’admiration pour l’homme qui a su y faire de si belles découvertes et avec un désir ardent de voir continuer des fouilles qui ont éclairé de tant de lumière une histoire si peu connue.


II

On pouvait craindre que ces fouilles ne fussent interrompues par les événemens de 1870, qui ont mis en d’autres mains le gouvernement de Rome ; heureusement il n’en a rien été. On a laissé le pape les poursuivre, et elles n’ont pas cessé de produire les plus heureux résultats. Il faut avouer que ce qui se passe à Rome depuis sept ans est fait pour déconcerter toutes les prévisions. Quand elle est devenue la capitale du royaume d’Italie, nous avons entendu dire que le pape perdait avec son territoire toute son indépendance, et qu’il ne pourrait plus exercer librement son pouvoir dans