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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/55

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ordinaire parmi les savans casuistes des nations européennes. Tupia était l’objet d’une attention et d’une déférence extrêmes de la part de son interlocuteur ; il semblait avoir plus de science. Tupia s’informa s’il était vrai qu’on mangeât les hommes à la Nouvelle-Zélande. Certes, fut-il répondu, on mange les hommes, mais seulement les ennemis tués dans les combats. Sur l’invitation des Anglais, les gens de Tolaga entonnèrent le chant de guerre ; les femmes se mirent de la partie, roulant les yeux, tirant la langue ; en un mot, faisant les plus horribles contorsions.

En ce moment, au bord d’une petite île située à l’entrée de la baie, flotte un canot d’une dimension inusitée : c’est un superbe échantillon des talens des constructeurs et des artistes du pays. Le bateau n’a pas moins de 20 mètres de longueur et plus d’un mètre et demi de largeur ; il a une carène formée de trois troncs d’arbres évidés ; les parois extérieures sont garnies de bas-reliefs et la proue ornée de sculptures. Sur l’îlot, une maison inachevée excite l’intérêt des Européens ; le bois est si régulièrement équarri et tellement poli qu’on ne peut douter que les Néo-Zélandais ne possèdent des outils bien aiguisés. Les piliers des côtés de cette maison sont couverts de sculptures d’un style étrange et néanmoins fort remarquable ; partout domine le goût des spirales et des faces contorsionnées. Cook, quittant la baie de Tolaga, constate de nouveau l’absence des mammifères domestiques ou sauvages autres que des chiens et des rats ; encore ces derniers sont-ils rares. Comme nos amis de Taïti, rapporte le célèbre navigateur, le peuple mange les chiens et il orne des vêtemens avec les peaux de ces bêtes, ainsi que cela se pratique parmi nous avec diverses fourrures. Il trace de la contrée le tableau le plus séduisant. Ayant escaladé plusieurs collines, il a découvert, dans une interminable succession, d’autres collines toujours de plus en plus hautes. Presque seules, les fougères s’étalent sur les crêtes, mais sur les flancs la végétation est d’une variété infinie. Au milieu des bois, on compta plus de vingt essences différentes qu’on voyait pour la première fois. Dans le pays, c’est une abondance de plantes qui ne cesse de ravir les naturalistes. Dans les bois, ce sont des légions d’oiseaux d’une merveilleuse beauté, alors inconnus de tout le monde. Le sol léger, un peu sablonneux dans les vallées comme sur les collines, sembla devoir être excellent pour les cultures ; on ne vit cependant que des patates et des ignames.

En remontant au nord, on atteignit la pointe la plus orientale de la Nouvelle-Zélande par 37° 42’ 30" de latitude. Elle reçut le nom de Cap Oriental (East Cape). La pointe tournée, la côte court dans la direction de l’ouest-nord-ouest ; assez basse, les habitations sont