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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/524

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hypothèses ; c’est la part laissée à la métaphysique, tandis que les questions précédentes étaient d’ordre purement scientifique. Il y a des raisons pour le doute, il y en a aussi pour la croyance. De quoi s’agit-il en effet ? Du fond même des choses. Est-ce quelque nécessité primitive qui occupe ce fond, et rive, pour ainsi dire, l’être à lui-même ? Est-ce au contraire quelque liberté primitive dont la spontanéité fait jaillir le flot de la vie ? Est-ce la loi fatale d’Héraclite, le clinamen d’Epicure, la substance de Spinoza, la volonté absolue de Schopenhauer ? Aux métaphysiciens de choisir.

La théorie du droit nous ramène ainsi finalement en présence du problème profond qui agita le moyen âge et qui renaît dans l’Allemagne contemporaine sous le nom de problème de l’individuation. — Qu’est-ce qui constitue l’individu ? Où est la racine dernière de ce moi auquel est inhérent le droit ? N’y a-t-il en nous que phénomènes ou ne touchons-nous pas en quelque point à la réalité, comme la plante tient au sol et y puise sa sève ? Sans doute la part du milieu physique et social sera toujours grande : organes, tempérament, hérédité, éducation, que d’influences qui agissent sur moi ! Je suis le point de rencontre et d’intersection d’une infinité de circonstances, comme un cercle imperceptible qui serait coupé en tous sens par une infinité de grands cercles enchevêtrés ; sous l’entre-croisement de ces lignes, l’œil chercherait en vain à le saisir, on irait jusqu’à nier son existence. Supposez pourtant qu’il renferme en son centre vivant une puissance d’expansion qui lui permette de s’agrandir sans cesse et de jeter en tous sens ses rayons, peut-être un jour redeviendrait-il visible et faudrait-il reconnaître en lui un foyer de vie sans limites : c’est le symbole de l’idéale liberté, qui est peut-être, en son essence la plus intime, une réelle liberté.

Ce qui est certain, c’est qu’il y a au fond de l’homme un mystère, quel que soit le nom qu’on lui donne, qu’on l’appelle avec Hamilton et M. Spencer l’inconnaissable, avec M. de Hartmann l’inconscient, avec Schelling et Schopenhauer la volonté absolue. Il y a dans la conscience de l’homme une perspective sans fond, une échappée sur l’infini : l’idée de l’absolu, l’idée de la liberté. C’est ce qui confère à la notion du droit, aux yeux de presque tous les esprits, son caractère métaphysique. La science n’a pas encore, pour ainsi dire, percé l’homme à jour et démonté rouage par rouage la machine humaine : elle ne peut donc encore traiter l’homme comme une chose absolument transparente et intimement connue. Pourquoi ne craignons-nous pas de briser un automate ? C’est que nous en connaissons tous les ressorts, et nous savons qu’il ne contient rien de plus. Telle n’est pas la personne humaine. Supposez qu’en présence d’un homme inanimé il nous sort impossible de savoir avec