Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/52

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


heureux du marché, mais, la loyauté n’étant pas de rigueur dans son monde, il saisit l’étoffe, ôte sa peau et roule ensemble les deux objets sans accorder aux remontrances la moindre attention. On jetait diverses bagatelles à ces sauvages restés dans Peurs embarcations ; un enfant, le fils du Taïtien, s’amusait à transmettre les présens. Étant fort penché sur le bastingage, le pauvre petit fut enlevé par un Néo-Zélandais ; on ne parvint à le reprendre qu’après avoir usé des coups de fusil. On était par 39° 43’ de latitude en face le cap qui limite au sud la grande baie ; en raison de l’aventure, Cook l’appelle le cap Kidnappers (cap des Ravisseurs). La baie reçut le nom du premier lord de l’amirauté, sir Edward Hawke [1]. Plus au sud, il n’existe aucun havre, le pays prend un aspect triste et misérable ; le chef de l’expédition pense alors mieux employer le temps à visiter les côtes du nord. Par 40° 34’ de latitude, il s’arrête à l’idée de revenir en arrière ; la pointe qui marque la limite de la course vers le sud sera inscrite sous le nom de cap Turnagain (cap du Retour).


II

Peu à peu, la nouvelle de la présence des étrangers sur la côte de la Nouvelle-Zélande s’est répandue dans le pays ; les relations des Anglais avec les indigènes vont cesser d’être aussi difficiles qu’aux premiers jours. On passait au voisinage de l’île de Portland lorsqu’un canot, se détachant de la rive, court vers le vaisseau ; il y avait cinq hommes, selon toute apparence deux chefs et trois serviteurs. Les maîtres ne se font nullement prier pour monter à bord ; le commandant les reçoit avec une extrême cordialité. Les Néo-Zélandais descendent dans la cabine et, mis en confiance, ils déclarent l’intention de demeurer jusqu’au lendemain. Cook, ne tenant point à ce séjour prolongé, s’efforce de les convaincre qu’alors on sera fort loin. Les insulaires persistent et, comme on ne veut pas user de violence, il faut subir leur volonté. Les chefs examinent chaque chose avec une curiosité insatiable, et de la meilleure grâce acceptent les petits présens. Ils refusent cependant de boire ou de manger, tandis que les serviteurs dévorent en vrais sauvages. Un des chefs se distinguait par une physionomie ouverte, franche, telle qu’on n’en avait point encore vu. Ces hommes avaient entendu parler de la courtoisie et des libéralités des étrangers, aussi avaient-ils conçu le désir de les connaître. Le navire ayant marché la nuit, au jour furent congédiés les Néo-Zélandais, assez contrariés d’être à une énorme distance de leur habitation. Après avoir dépassé

  1. Hawke’s Bay.