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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/51

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rivage et s’approchent du vaisseau ; les gestes, les cris, les imprécations, témoignent des intentions les plus hostiles. Un coup de feu est tiré, mais les sauvages, n’en éprouvant pas de mal, ne se montrent nullement intimidés. Un coup de canon chargé à mitraille cause plus de sensation ; après s’être concertés, les bandits s’éloignent. Dans la soirée, le vaisseau étant à l’ancre, deux embarcations, l’une armée, l’autre, petit bateau de pêche occupé par quatre hommes, viennent si près que Tupia engage la conversation ; les insulaires répondent avec une politesse irréprochable ; ils reçoivent quelques présens dont ils paraissent charmés. On ne peut les décider à monter à bord. Pendant la nuit, des feux entretenus sur le rivage attestent de la part des indigènes l’intention de convaincre qu’ils font bonne garde et ne courent le risque d’aucune surprise.

Dès l’aube, Cook, poursuivant sa route, aperçoit une large baie. Le rivage, d’une médiocre hauteur, se distingue par des étendues de sable et des rochers tout blancs ; au-delà, c’est une succession de collines et de montagnes boisées de l’aspect le plus agréable. Des indigènes en bateaux essaient d’atteindre le navire ; on les laisse en arrière sans s’inquiéter de leurs sentimens. Le lendemain matin on est devant une côte basse ; apparaissent, à peu de distance, des groupes d’arbres superbes, au loin, des montagnes couvertes de neige. Le commandant ordonne de mettre la pinasse à la mer afin de chercher de l’eau fraîche, et toujours se renouvellent les mêmes scènes avec les naturels. Ces gens, qui semblent avoir au plus haut degré la crainte et l’horreur des étrangers, arrivent dans plusieurs embarcations, brandissant des piques, s’animant pour une attaque. Tupia se charge de les avertir qu’on possède des armes capables comme le tonnerre de les foudroyer en un instant, que, s’ils persistent à vouloir engager la bataille, ils seront aussitôt punis. Afin de ne pas laisser croire à une vaine forfanterie, on tire à l’écart un coup de canon chargé à mitraille ; le bruit, les projectiles qui bien loin frappent l’eau avec une extrême violence, mieux que les paroles inspirent le respect ; intimidés, les sauvages se mettent à ramer de toutes leurs forces et s’éloignent. Le Taïtien continue de les assurer que, s’ils viennent sans armes, on les recevra de la manière la plus aimable ; quelques-uns, prenant confiance, déposent leurs armes dans un autre bateau, et en peu de minutes ils se trouvent sous la poupe. On cherche à les amadouer par des cadeaux ; néanmoins, sous l’injonction de leurs camarades, ils ne tardent guère à partir. Le jour suivant, des pirogues accostent le navire ; Cook, remarquant un homme qui porte sur les épaules une peau d’une certaine ressemblance avec celle d’un ours, avait le désir de savoir quel animal en fut le propriétaire légitime ; il offre une pièce de flanelle rouge en échange de la peau. L’insulaire se déclare