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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/506

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saint-père ; s’il a donné ses prières à la France malheureuse, il a sollicité l’appui de la Prusse victorieuse.

Je ne prétends pas que les alliances que nous pouvions avoir eussent empêché toutes les fautes commises, les fautes militaires surtout, non ; mais il est de la dernière évidence qu’alliés à l’Autriche et l’Italie, nous eussions eu toutes les chances pour nous, et en tout cas les conséquences de nos défaites eussent été moins funestes.


IV

Il résulte de ce récit qu’il y a eu deux négociations ; la première et la plus sérieuse, celle de 1868-1869, a échoué par le refus formel de la France de s’entendre avec l’Italie sur le règlement de la question romaine. C’est l’influence du parti clérical qui a empêché à cette daté la signature d’un traité qui était fait et consenti entre la France, l’Autriche et l’Italie. Ceux qui ont connu comme moi ces négociations sont en mesure de restituer à chacun son rôle.

La seconde négociation, celle de 1870, a été reprise trop tard et avec trop de confiance dans la portée des lettres échangées entre les souverains. Si elle n’a pas eu le temps d’aboutir, on ne peut nier qu’il y eût encore de graves différences entre les conditions faites par l’Autriche et par l’Italie et celles que concédait la France jusqu’au 20 août, date de ma mission. Après cette date, ce qui a empêché tout secours, c’est la rapidité de nos défaites.

Une grande leçon ressort de ces faits, c’est que le parti clérical a été assez fort pour dominer l’empereur Napoléon III, pour dominer ses ministres, dont les personnalités les plus marquantes en 1870, quand la guerre a éclaté, étaient loin d’appartenir au parti clérical, sauf quelques ministres secondaires. Malgré l’empereur, malgré ses principaux conseillers, ce parti est parvenu à diriger la politique de la France. Quel autre exemple nous a donné le cardinal de Richelieu s’alliant aux protestans en Allemagne pendant qu’il faisait le siège de La Rochelle ! Faut-il en conclure qu’alors les politiques catholiques aimaient davantage leur patrie, et que sa grandeur, son triomphe, étaient préférés à l’esprit de parti ? Que le parti clérical ait au moins le courage de ses opinions. Au lieu de se sentir blessé par le reproche d’avoir placé le pouvoir temporel au-dessus des alliés que la France pouvait avoir, il devrait s’en glorifier, et pour être conséquent, dire : Le pape avant tout, même avant la patrie !

Cette politique, imposée à Napoléon III, est la cause principale de nos désastres, et l’histoire impartiale dira que le pouvoir temporel des papes a coûté à la France l’Alsace et une partie de la Lorraine.


NAPOLEON BONAPARTE (JEROME).