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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/503

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« Le gouvernement, rassurant la nation, pourrait l’entraîner tout entière avec promptitude.

« Le ministre de la guerre a beaucoup goûté mes paroles et me dit que cela serait superbe si on pouvait mettre d’accord tous ces mouvemens ; je lui répétais : Volere è potere, dunque voliate ; une forte décision prise par le gouvernement fera évanouir toutes les difficultés.

« Sachant que votre excellence est très occupée, je passe sous silence les mille intrigues suscitées par les Prussiens………..

« Je pars ce soir pour Vienne.

« E. TÜRR. »


Cette lettre, pour éviter tout retard et toute indiscrétion, fut envoyée par Mme Türr, qui l’a remise à Paris le 29 juillet. — Le général Türr était arrivé à Vienne le 29 au soir. Le 30 juillet, le prince Latour d’Auvergne, notre ambassadeur à Vienne, lui communiqua la dépêche suivante : « Duc de Gramont au prince Latour d’Auvergne. — Dites au général Türr : reçu sa lettre. Il nous est impossible de faire la moindre chose pour Rome ; si l’Italie ne veut pas marcher, qu’elle reste. »

Le roi Victor-Emmanuel manifestait personnellement les meilleures dispositions pour la France. Le ministère italien était plus exigeant, et le premier ministre d’Autriche affirmait, tant à Paris qu’à Florence, qu’il ne signerait rien sans l’Italie, laquelle ne signerait rien elle-même sans obtenir satisfaction sur Rome. La preuve s’en trouve dans une dépêche signée par M. de Beust, adressée de Vienne, le 20 juillet 1870, au prince de Metternich à Paris. — Voici cette dépêche publiée, reconnue vraie et authentique par le duc de Gramont : « Dans le même télégramme, je vous ai parlé de l’évacuation de Rome, question qu’il importe, selon nous, de ne pas laisser en suspens, mais de résoudre immédiatement. La convention de septembre, qu’on ne se fasse pas illusion à cet égard, ne cadre plus avec la situation.

« Nous ne pouvons pas exposer le saint-siège à la protection inefficace de ses propres troupes. Le jour où les Français sortiront des états pontificaux, il faudrait que les Italiens puissent y entrer de plein droit et de l’assentiment de l’Autriche et de la France. Jamais nous n’aurons les Italiens avec nous de cœur et d’âme si nous ne leur retirons pas leur épine romaine . » Il n’est pas possible d’être plus net que le gouvernement autrichien. La seule phrase ambiguë est celle où M. de Beust dit : « Nous ne pouvons exposer le saint-siège à la protection inefficace de ses propres troupes. » C’était une inexactitude et une phrase banale pour trouver un prétexte diplomatique à l’occupation de Rome par