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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/498

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bouleversement causé par la guerre de 1866. Il serait trop long de rappeler les nombreux pourparlers qui eurent lieu de 1866 jusqu’en 1868. Ils n’ont d’ailleurs pas abouti à des résultats appréciables.

Il y eut bien, en août 1867, l’entrevue de Salzbourg entre l’empereur des Français et l’empereur d’Autriche, mais ce fut plutôt une visite de courtoisie, amenée par un besoin peu défini d’explications entre les souverains et leurs ministres, qu’une entrevue provoquée en vue de la réalisation d’un plan politique. Aussi n’a-t-elle abouti qu’à l’échange d’un procès-verbal non signé de conversations assez insignifiantes, rédigé par M. de Beust dans un français douteux, où il est surtout question d’une entente vague et d’une conduite commune en Orient.

Les négociations sérieuses ne datent que de 1868. L’Italie en prit l’initiative, cherchant à régler l’affaire de Rome pour se compléter et résoudre ses difficultés intérieures, financières et politiques contre lesquelles elle luttait péniblement. L’Autriche, informée de ces projets d’alliance entre la France et l’Italie, se montra très favorable et empressée d’y prendre part. Divisé de tendances et mû par des motifs différens, le personnel gouvernemental autrichien était tout entier d’accord pour souhaiter une alliance entre les deux empires et l’Italie. L’empereur d’Autriche voulait relever son prestige : très jeune encore, il avait essuyé des défaites militaires, perdu des provinces, et se trouvait en face de graves problèmes de réorganisation intérieure. Le parti militaire, personnifié dans son chef le plus illustre et le plus influent, le seul général autrichien victorieux, l’archiduc Albert, voulait relever la gloire des armes autrichiennes. M. de Beust, devenu premier ministre d’Autriche, quoique étranger, et après avoir fâcheusement conduit la politique de son pays, la Saxe, se considérait comme un esprit supérieur auquel un grand théâtre était nécessaire pour y développer ses qualités d’homme d’état ; avec plus d’esprit que de caractère, il était inquiet et agité. Il n’était pas jusqu’au prince de Metternich, ambassadeur d’Autriche à Paris, qui ne vît dans sa grande intimité avec les Tuileries un moyen de rehausser sa position et de servir efficacement son pays par son influence. Le concours de ces différens personnages fournissait à l’Autriche de grands moyens d’action sur la France.


II

Il serait difficile de dire avec précision quel jour et dans quels termes les premières ouvertures furent faites par l’Italie. Ce ne furent d’abord que des conversations fortuites, des phrases dans des lettres intimes traitant de beaucoup de sujets. L’empereur Napoléon et le roi d’Italie échangèrent leurs vues sur un traité défensif