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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/484

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toute une politique sur une coalition de partis incompatibles, hostiles entre eux, rapprochés par le seul lien d’une haine commune des institutions légales, et momentanément confondus sous un drapeau de combat. On n’a réussi qu’à jeter le pays dans une grande aventure, et le grief le plus sérieux contre le 16 mai, c’est qu’il n’a fait précisément que compromettre les intérêts conservateurs qu’il prétendait servir, c’est qu’il a conduit la France fatalement, sans le vouloir nous n’en doutons pas, au seuil des coups d’état et des guerres civiles. L’expérience est assurément décisive, elle est d’hier à peine, et, si elle n’a pas eu un dénoûment plus désastreux, c’est justement parce que les constitutionnels, émus de leur responsabilité, ont refusé d’aller plus loin. Ils ont pu sans doute assez longtemps, jusqu’à ces derniers mois, se laisser retenir par leurs relations, par d’anciennes habitudes, par la crainte de se séparer publiquement de ce qu’on appelait l’armée conservatrice ; mais évidemment ils n’en étaient plus à sentir le poids de tout ce qu’on imposait à leur bonne volonté et même des alliances dont ils avaient à subir la solidarité compromettante. Ils ne s’étaient associés qu’avec tristesse, « la mort dans l’âme, » comme le disaient quelques-uns, à l’affaire du 16 mai. Ils. suivaient encore sans illusion, et lorsqu’ils ont vu que, sous prétexte, d’une prétendue défense des intérêts conservateurs, ils allaient tout livrer, lorsque la vérité pressante, inexorable, s’est dévoilée à leurs yeux, ils se sont arrêtés. Ils avaient laissé passer le 16 mai, ils n’ont pas voulu laisser passer une dissolution nouvelle et moins encore toutes les combinaisons équivoques qui, un mois durant, ont pu se nouer autour, du chef de l’état. Ils n’ont point hésité à éclairer M. le président de la république lui-même, dont la raison loyale était digne de tout entendre. Qu’on remarque bien la portée de leur intervention. Avec eux, avec leur concours assuré dans le sénat, une politique de résistance pouvait essayer d’aller jusqu’au bout en surprenant la bonne foi de M. le président de la république ; sans eux, il n’y avait plus à se payer de subterfuges de légalité, il n’y avait de possible qu’un coup d’état avéré, dont M. le maréchal de Mac-Mahon n’a cessé de décliner personnellement la pensée. Le mérite des constitutionnels a été tout simplement de montrer, au moment décisif, la vérité à un esprit honnête, et de préparer la solution régulière, légale d’une des plus dangereuses crises de l’histoire de notre temps.

Et maintenant que signifient toutes les récriminations qui s’élèvent dans les divers camps de la droite ? Est-ce que les constitutionnels avaient des engagemens particuliers avec les légitimistes, et n’auraient-ils pas été dans tous les cas amplement déliés par les procédés des légitimistes eux-mêmes dans l’affaire de la candidature de M. le duc Decazes ? Est-ce qu’ils avaient promis aux bonapartistes de les aider complaisamment à relever la fortune de l’empire ? Est-ce qu’ils ont