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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/48

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guère touchés ; ils n’accordent pas la moindre estime à la ferraille, dont ils ne soupçonnent nullement l’utilité. Ils offrent d’échanger leurs armes contre celles des Européens et, blessés de subir un refus, ils s’efforcent d’arracher les fusils des mains. Il fallut faire entendre à ces terribles flibustiers qu’on serait obligé de les tuer, s’ils persistaient à user de violence. Néanmoins, pendant une minute de distraction, l’astronome eut son couteau de chasse enlevé. Le ravisseur, comme en proie à une sorte de frénésie, tournait l’arme au-dessus de sa tête ; ses camarades devenaient d’une insupportable insolence ; M. Banks tire un coup de fusil chargé de petit plomb sur l’individu qui s’est emparé du couteau. Atteint, l’homme cesse de vociférer, mais, ne voulant point restituer l’arme, il se sauve ; — une balle l’étendit à terre. Peu à peu, les indigènes s’étaient écartés : émus de l’aventure, ils accourent menaçans ; trois ou quatre volées de petit plomb suffirent pour éviter une attaque.

Cook, tout à fait convaincu qu’il n’y avait rien à obtenir de pareils gens, se mit avec les canots à explorer les contours de la baie, dans l’espoir de trouver de l’eau douce et nourrissant le dessein de surprendre quelques naturels qu’on emmènerait à bord. L’ingénieux commandant se flattait de les séduire par de bons procédés et par des présens, d’avoir ainsi la meilleure entremise pour gagner la confiance de leurs compatriotes. Un beau matin, l’occasion semble propice ; deux bateaux montés, selon toute apparence, par des pêcheurs sans armes, reviennent de la pleine mer, l’un sous voile, l’autre conduit à la pagaie. Il ne s’agissait que de couper le chemin pour les empêcher d’atteindre le rivage. Les hommes du bateau mené à la pagaie comprennent la manœuvre ; ils échappent. Ceux du bateau à voile n’aperçoivent pas aussi vite le danger ; déjà tout proches des canots des Anglais, ils font tomber la voile et se jettent sur les pagaies. Tupia les appelle et les invite à n’avoir crainte ; malgré tout, ils forcent de bras pour s’éloigner. On tire un coup de feu en l’air ; au lieu de fuir ou de se précipiter à l’eau, ils prennent la résolution de combattre. Ils sont sept ; au moment où un canot les aborde, ils se défendent avec les pagaies et lancent des pierres ; les matelots anglais ripostent à coups de fusil. Quatre hommes tombent ; les trois autres, presque des enfans, sautent à la mer. L’aîné nage avec une telle vigueur qu’il se soustrait à la poursuite ; les deux plus jeunes sont pris et emmenés. — Comme ils redoutent le plus funeste sort, on s’empresse de les rassurer. Cook, ému de cette scène de violence, songe qu’il sera blâmé du meurtre de gens inoffensifs ; réprouvant lui-même les actes de cruauté, il n’est point en repos avec sa propre conscience. « Mais, dit-il, pouvais-je agir d’une autre façon ? J’avais essayé des cadeaux sans résultat ; mon