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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/476

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Mais qu’importait le nombre des électeurs, du moment que la stricte légalité était sauve ? Qu’importaient même la position sociale et le degré de capacité des élus ? Le premier venu est apte à renseigner sur ses propres affaires celui qui les ignore ; le simple cantonnier sur la route en sait plus long sur la région qu’il habite que le voyageur de passage, et savoir était tout ce que demandait le gouvernement dans son désir de sortir enfin de ses tâtonnemens et d’alléger autant que possible le poids d’une responsabilité qu’il avait été jusque-là seul à porter. Aussi l’administration allemande se montra-t-elle on ne peut plus gracieuse pour ces conseillers qui, tout fiers de leur nouvelle importance, s’empressèrent d’aller au-devant de tous ses désirs. Le parti que cette administration pouvait tirer de dispositions aussi serviables n’échappa point à l’esprit fin et sagace de M. de Moeller. Le président supérieur d’Alsace-Lorraine vit tout de suite qu’il tenait désormais dans sa main un instrument propre à annihiler l’influence des députés de la protestation, tout en lui procurant à lui-même, dans une certaine mesure, les élémens d’information à défaut desquels son administration avait involontairement commis plus d’une maladresse. Sous prétexte donc de condescendre aux vœux d’autonomie que les hommes nouveaux appelés à la tête des affaires départementales s’étaient empressés de formuler, M. de Moeller obtint de l’empereur et de M. de Bismarck la création d’un corps consultatif de trente membres, issu, par voie de délégation, des trois conseils-généraux du pays, et ayant pour mission de donner, en comité secret, son avis sur toutes les questions dont le gouvernement jugerait utile de le saisir. Le Landesausschuss était né, et avec lui commençait l’ère nouvelle au développement de laquelle nous assistons maintenant.

Depuis les trois ans que cette institution fonctionne, elle n’a pas laissé de rendre quelques services, dont il faut faire remonter avant tout le mérite au vif désir de l’administration supérieure d’éviter à l’avenir, autant qu’il dépend d’elle, les faux pas qui pourraient la faire tomber dans de nouvelles erreurs. Cette administration est, pour cette raison, fort disposée à faire toutes les concessions de détail, pourvu que son principe et sa liberté d’action restent saufs. Naturellement le Landesausschuss a inscrit toutes ces menues concessions à l’actif de ses propres conquêtes et s’est cru tout aussitôt passé foudre de guerre, vantant son indépendance autant que sa vaillance. Il trouva à point dans cette province, encore aujourd’hui maintenue sous le régime de la dictature et du silence, une presse privilégiée qui avait intérêt à surfaire les mérites de cette délégation des conseils-généraux, en vue de l’exploiter auprès de la partie la plus maniable de l’opinion publique. L’état général du pays ne s’étant pas amélioré tant qu’a duré le système de la