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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/46

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recueillir les produits des contrées lointaines ; le docteur Solander, d’origine suédoise, l’accompagnait. Ainsi furent apportés à l’Europe les premiers renseignemens sur les plantes et les animaux des terres australes. En vertu d’ordres précis, le chef de l’expédition devait, du consentement des indigènes, prendre possession, au nom du roi de la Grande-Bretagne, de stations convenables dans les pays qu’il viendrait à découvrir et qui n’auraient encore été visités par aucune puissance européenne. Des objets laissés aux mains des habitans marqueraient la trace de son passage. Parti de Plymouth le 26 août 1768, l’Endeavour entrait au mois de janvier de l’année suivante dans l’Océan-Pacifique, et le 3 avril mouillait à Taïti. Après un séjour de quelques mois sur cette terre et une reconnaissance des îles de la Société, Cook se dirigea vers le sud-ouest. Dans la matinée du 6 octobre, du haut du grand mât, la terre fut signalée. Au soir, sur le pont, on la distinguait sans peine. Le lendemain, par un temps calme, se profile une longue étendue de côtes et se dessinent quatre ou cinq rangées de collines, dominées par une chaîne de montagnes d’une hauteur énorme. On imagine l’émotion qui règne à bord en de pareilles heures. Les conversations s’animent, chacun émet un avis ; l’opinion qui semble prévaloir, c’est qu’on est en face de la Terre australe inconnue. Le navire ne cesse de se rapprocher du rivage, et au déclin du jour on aperçoit une baie profonde, — de la fumée s’élève de divers points, le pays est donc habité ; mais survient la nuit. Au lever du soleil, c’est plaisir de voir sur les collines la végétation tondue, dans les vallées des arbres de proportions magnifiques. On entre dans la baie, et l’ancre est jetée près de l’embouchure d’une petite rivière. Tout, dans le spectacle qui s’offre aux yeux, est sujet d’intérêt. Des embarcations errantes avaient au plus vite regagné le rivage sans paraître s’occuper de la présence du navire ; quelques maisonnettes attiraient les regards ; près d’une case se montrait un gros rassemblement d’hommes ; sur une petite presqu’île, une clôture régulière, couronnant le sommet d’un monticule, donnait lieu à mille conjectures. Dans la soirée, Cook, impatient de se mettre en communication avec les indigènes, descendit à terre en compagnie de M. Banks et du docteur Solander.

On marchait droit vers le groupe qui avait été remarqué du vaisseau ; mais à la vue des Européens, tous les sauvages se hâtèrent de décamper. Cook et ses compagnons étant déjà un peu éloignés de la berge de la rivière où ils avaient débarqué, quatre hommes armés de longues lances se précipitent hors des bois et courent attaquer la pinasse du commandant. Le maître d’équipage ordonne aux matelots de déraper ; se voyant poursuivi, il tire en l’air un coup de feu. Au bruit de la détonation, les indigènes s’arrêtent et