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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/455

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solennels et empreints d’une placide assurance, il annonçait que le temps ne pouvait manquer de se charger d’amener à lui seul, tôt ou tard, le triomphe de la loi infaillible des développemens nécessaires ; les traditions interrompues reprendraient forcément leur cours : il serait donné à l’univers, un peu étonné d’abord, mais bientôt ravi, d’assister à l’accomplissement de l’arrêt providentiel, réunissant à nouveau en un seul et même corps de nation les membres trop longtemps dispersés de l’empire d’Allemagne.

Nous ne songeons pas à mettre en doute l’excellence d’une théorie qui semble d’ailleurs en train de prendre place, à l’heure qu’il est, parmi les plus saisissantes réalités. Notre dessein est beaucoup plus terre à terre. Outre que la compétence nous ferait absolument défaut, nous n’avons pas gardé, faut-il en convenir, le même goût que par le passé pour les thèses transcendantales. Resté en relations journalières avec la belle contrée voisine du lieu de notre naissance, nous y avons, durant ces dernières années, plus souvent traité des questions d’intérêt avec ses hommes d’affaires qu’agité des sujets de haute spéculation avec ses hommes de loisirs et d’études. C’est pourquoi, nous sentant, grâce à notre qualité d’étranger, complètement affranchi de toute passion personnelle et libre de toute attache politique, nous nous sommes considéré comme assez bien placé pour examiner simplement et en toute sincérité quels ont été, soit en bien, soit en mal, les résultats immédiats, effectifs, palpables pour ainsi dire, produits par l’annexion pour les deux provinces transrhénanes qui sont, depuis sept ans déjà, incorporées au domaine des Hohenzollern.

Nous sommes naturellement convié à cet examen par un livre qui a récemment paru sous la signature de M. Charles Grad, député de Colmar au Reichstag. M. Grad, esprit studieux, chercheur et précis, dont le nom a déjà réussi à marquer dans une autre sphère, à côté de ceux des Saussure, des Agassiz, des Lyell et des Tyndall, a eu l’heureuse pensée de réunir en volume une suite d’études qu’il a faites patiemment sur le budget de l’Alsace-Lorraine. Cet aride point de départ l’a conduit à dresser de la situation administrative, financière et économique actuelle de l’Alsace un inventaire des plus instructifs, que l’abondance des chiffres qu’il a été amené à citer ne réussit pas à rendre rebutant, grâce à l’habileté avec laquelle l’auteur a su entremêler ses démonstrations d’aperçus généraux sur les traditions, sur les coutumes et la condition sociale des populations de cette intéressante province.

En feuilletant ce volume, si plein de renseignemens, notre pensée s’est tout de suite reportée au discours par lequel M. Bezanson, l’ancien maire de la ville de Metz, qu’il représente aujourd’hui au parlement de Berlin, a fait, au printemps dernier, entendre au