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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/45

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vers le nord, il reconnut, par 34° 25’ de latitude, l’île des Rois. En allant y faire de l’eau, on vit de loin 30 ou 40 insulaires tous armés de bâtons et de massues ; on ne chercha point à les attirer ; Tasman en avait fini avec les régions australes.

Une longue période de temps s’écoule sans qu’on s’inquiète de la découverte du navigateur hollandais. On était assuré de l’existence d’une terre ; on en ignorait l’étendue, la configuration, la nature. L’enthousiasme pour les explorations du monde, manifesté de toutes parts avec une extrême énergie pendant le XVIIe siècle, s’était éteint. Une circonstance vint le réveiller. En Angleterre comme en France, le passage de Vénus sur le disque du soleil, annoncé pour le 3 juin 1769, était l’objet de préoccupations ; les astronomes brûlaient du désir d’observer le phénomène. La Société royale de Londres voulut exposer au roi l’intérêt d’observations qui pourraient être effectuées sur divers points du globe et en particulier sous les latitudes australes, entre le 140e et le 180e degré de longitude à l’ouest du méridien de Greenwich. On indiquait la nécessité d’avoir des navires bien équipés pour conduire les observateurs sur des terres désignées. La requête ayant reçu bon accueil, ordre fut transmis à l’amirauté de choisir un bâtiment convenable. A ce moment, on espérait d’une nouvelle expédition dans la Mer du Sud de brillans résultats. Le marin que le monde entier devait bientôt appeler le capitaine Cook donnait déjà confiance. Né dans une humble condition, le 27 octobre 1728, mousse à l’âge de treize ans sur un navire employé au commerce du charbon, engagé volontaire dans la marine royale lorsqu’en 1755 fut déclarée la rupture entre la France et l’Angleterre, chargé comme maître d’équipage, pendant la guerre du Canada, de dresser la carte hydrographique du fleuve Saint-Laurent et de formuler des instructions pour naviguer sans péril sur le grand cours d’eau de l’Amérique septentrionale, distingué par le talent qu’il montra comme ingénieur de la marine pour Terre-Neuve et le Labrador, en faisant la levée de plan du havre et des hauteurs de Placentia, remarqué au sujet de l’observation très précise d’une éclipse de soleil [1], James Cook avait été nommé lieutenant de vaisseau le 25 mai 1768. Le navire l’Endeavour [2], armé en vue de la campagne dans l’Océan-Pacifique, à Cook fut attribué l’honneur de le commander. L’habile marin allait tout d’abord se rendre à Taïti et suivre le passage de Vénus, de concert avec l’astronome Charles Green. On avait souci de connaître la nature des îles de la Mer du Sud, un jeune homme plein d’ardeur, jouissant d’une situation indépendante, Joseph Banks, eut la mission de

  1. Éclipse de soleil observée à Terre-Neuve le 5 août 1766. — Philosophical Transactions of the Royal Society, vol. LXVII.
  2. L’Entreprise ou l’Effort.