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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/43

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contact de la civilisation, subsiste encore, — pour décrire enfin une nature particulière qui bientôt ne laissera que des vestiges, — nous avons sous les yeux tous les élémens dont se compose cette nature.


I

Entre le 165e et le 176e degré de longitude orientale et du 34 e au 47e degré de latitude australe s’étendent sur l’Océan-Pacifique trois îles séparées l’une de l’autre par un simple canal. Le nom de Nouvelle-Zélande désigne l’ensemble de ces terres. L’île du Nord et l’île du Milieu, qu’on appelle d’après les indigènes : Te-Ika-a-Mawi et Te-Wahi-Pounamou, sont presque d’égale dimension [1]. L’île du Sud, ordinairement distinguée de la Nouvelle-Zélande, est fort petite, c’est l’île Stewart. A l’orient des grandes terres, à la distance de plus d’une centaine de lieues de Te-Wahi-Pounamou, on rencontre les petites îles Chatam, un peu plus vers le sud-est l’île de l’Antipode. Sous le méridien de la pointe méridionale de Stewart, au-delà du 50° parallèle, se montrent les îles Auckland. Près de trois degrés encore vers le sud émergent au milieu de l’immensité de la mer l’île Campbell, puis l’île Macquarie, et enfin vers le 58e degré de latitude l’île Emerald. Ainsi, comme émiettées apparaissent les terres les plus voisines des glaces de l’hémisphère austral.

Le célèbre navigateur portugais Magelhanes, — Magellan, ainsi qu’on le nomme parmi nous, — avait le premier traversé l’Océan-Pacifique pendant les années 1519 et 1520. L’exemple donné, les Espagnols, qui dominaient sur les rivages du Pérou, voulurent parcourir l’espace entre l’Amérique et l’Asie. Les Hollandais vinrent ensuite ; Lemaire et Schouten allèrent en 1615 explorer la Mer du Sud. On avait découvert bien des îles, mais nulle grande terre. Par comparaison avec l’hémisphère boréal, l’idée de l’existence d’un vaste continent dans les hautes latitudes de l’hémisphère austral s’était enracinée dans l’esprit des géographes. Jusque vers la fin du XVIIIe siècle, les navigateurs ne cessèrent de poursuivre la recherche de ce continent imaginaire. Aujourd’hui que la réalité s’impose, l’étude scientifique conduit à croire qu’il fut un âge du monde où s’élevait sur l’Océan-Pacifique une immense terre. Brisée par des convulsions et en grande partie submergée, la Nouvelle-Zélande et les îles voisines en seraient les débris. A suivre dans notre étude les indices qui permettent d’entrevoir cette région du globe en un temps fort reculé, on prendra sans doute intérêt.

  1. Les anciens navigateurs écrivaient Tawaï-Pounamou. L’orthographe du nom des deux grandes Iles parait aujourd’hui fixée.