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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/41

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entreprises des membres de notre ancienne Académie des sciences ! On ne l’a pas oublié, le 6 juin 1761 eut lieu un passage de Vénus sur le soleil. Afin de le contempler, le père Pingré s’était rendu sur l’île Rodrigue. L’abbé Chappe d’Auteroche avait emporté sa lunette à Tobolsk en Sibérie ; mieux encore que par son ardeur scientifique, le jeune astronome se fit une sorte de renommée par ses appréciations un peu légères sur la Russie, à peine vue dans une course rapide à travers les villes et les champs de neige. Le 3 juin 1769, Vénus se montrait encore devant le soleil ; Pingre partit pour Saint-Domingue. Chappe d’Auteroche alla s’établir à San-Lucar en Californie ; après avoir accompli sa tâche, le pauvre savant, bientôt saisi par une épidémie régnante, ne put songer au retour. Il mourut le 1er août sur le théâtre même de ses observations.

Maintenant on rêvait des succès qui avaient manqué aux astronomes d’autrefois. Aussi est-ce avec un noble entraînement que s’organisèrent les préparatifs des expéditions. Dignement s’employa l’administration de l’instruction publique ; la marine promit un concours actif ; l’assemblée nationale vota une somme importance pour faire construire les instrumens nécessaires et pour subvenir aux frais des voyages et des installations. Une commission scientifique fut chargée de tout organiser.

En chaque pays, on avait choisi des stations reconnues propices à l’étude du phénomène. Les Russes allaient bravement affronter au mois de décembre le climat de la Sibérie sans s’émouvoir de la crainte de trouver le ciel couvert. Les Anglais, mettant à profit l’avantage d’occuper de grandes étendues du globe, avaient résolu d’installer des observatoires sur divers points de l’Inde et de l’Australie. Une des missions de la France devait se rendre à l’île Saint-Paul et visiter l’Ile Amsterdam, comme perdues dans l’immense espace de l’Océan qui sépare l’Afrique de l’Australie ; une autre omission avait en partage l’île Campbell, située de l’autre côté de l’Australie à longue distance au sud de la Nouvelle-Zélande. Nous connaissions la misère de ces îles froides, sans cesse battues des tempêtes, inhabitables pour les hommes ; nous savions chétifs et de triste apparence les êtres qui vivent en ces régions déshéritées ; nous n’en étions pas moins possédés de l’envie d’acquérir la notion complète d’une flore et d’une faune sans attrait pour les yeux. C’est qu’en sa plus grande pauvreté la nature amène des révélations d’une grandeur singulière. L’idée d’apprendre sous quelles formes se manifeste et finit la vie aux approches des glaces du pôle austral flattait l’esprit. La pensée de pouvoir comparer, avec toute la rigueur de la science, aux êtres répandus vers le cercle arctique les êtres disséminés sur les terres