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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/37

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infinie. On la dirait alors animée de cet enthousiasme qui inspirait le poète latin lorsqu’il chantait la nature puissante d’un esprit caché et un Dieu répandu dans le ciel, dans la terre, dans la mer :

Namque canam tacità naturam mente potentem,
Infusumque Deum cœlo, terrâque, marique.


Même au sein de cet enthousiasme, elle sent cependant le besoin de distinguer de la nature cette force cachée qui l’anime : « Vitalité, s’écrie-t-elle, sublime inconnue, dis-moi ton nom. » Le plus souvent elle n’hésite pas et donne à cette vitalité le seul nom qui lui convienne : Dieu, tout en trouvant que jusqu’à nos jours ce nom a été assez mal porté. Elle entend par là que son esprit répugne à la conception du Dieu biblique et chrétien qui intervient à chaque instant dans l’existence des hommes, et plus souvent pour châtier que pour bénir. D’un autre côté elle ne saurait lui prêter l’impassible silence et la glaciale équité qui effrayaient tant le moine Alexis. « J’aime mieux, s’écriait-elle, croire que Dieu n’existe pas que de le croire indifférent. » S’il avait été indifférent, comment l’aurait-elle aimé ? et elle l’aimait, elle cherchait à l’aimer du moins tout en se plaignant de ne pas le connaître davantage. « Je mourrai, a-t-elle écrit, dans le nuage épais qui m’enveloppe et qui m’oppresse. Je ne l’ai déchiré que par momens, et dans des heures d’inspiration plus que d’étude j’ai aperçu l’idéal divin comme les astronomes aperçoivent le corps du soleil à travers les fluides embrasés qui le voilent de leur action impétueuse et qui ne s’écartent que pour se resserrer de nouveau. Mais c’est assez peut-être, non pour la vérité générale, mais pour la vérité à mon usage, pour le contentement de mon pauvre cœur ; c’est assez pour que j’aime ce Dieu que je sens là derrière les éblouissemens de l’inconnu et pour que je jette au hasard dans son infini mystérieux l’aspiration à l’infini qu’il a mise en moi et qui est une émanation de lui-même. »

Cet instinct de croire en Dieu, ce besoin de l’aimer, permettent de ranger George Sand parmi les disciples, chancelans peut-être, mais cependant fidèles, de cette grande doctrine du déisme dont la pure et froide lumière a éclairé depuis l’origine du monde la route de tant de sages : of those who taught the right, disait Byron. L’élan du cœur triomphait chez elle des incertitudes de la pensée. Mais ces incertitudes se retrouvaient dans son esprit lorsqu’il s’agissait de déduire de cette idée fondamentale les conséquences qui en découlent, conséquences qui du reste ne sont pas, à mes yeux du moins, d’une logique aussi nécessaire que cela plaît à dire aux manuels de philosophie. Lorsqu’elle en arrivait à la question de l’âme humaine et de sa survivance à la destruction du corps, la