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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/328

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défense des frontières maritimes de l’empire. La Turquie en avait fait usage, dit-on, dans le détroit ; mais sans doute on les aura enlevées avant l’entrée des vaisseaux anglais. En général ce rempart sous-marin se compose aujourd’hui d’un cordon de mines explosives que des fils électriques mettent en rapport avec le rivage. L’étincelle est dirigée à volonté sur ces projectiles immergés et peut les faire éclater au moment précis du passage d’un bâtiment hostile. Ainsi une ligne de cônes chargés de fulmi-coton et pourvus d’un conducteur électrique peut suffire pour tenir des escadres en respect. On la complète pourtant et on la rend en quelque sorte infranchissable en posant dans les intervalles des torpilles ordinaires, qui, sans être pourvues d’un conducteur électrique, s’enflamment par le contact et éclatent sous le choc du navire qui les heurté. Ainsi, dans la défense des côtes et des ports, on a corrigé le hasard des chocs par l’électricité, au moyen de laquelle on soumet la décharge des torpilles à la volonté de l’assiégé ; mais on a laissé une part au hasard, qui complète l’électricité, lui vient en aide, et le bâtiment qui réussirait d’abord à franchir sans accident la ligne de torpillés électriques aurait encore la mauvaise chance de heurter, en achevant son passage, une de ces boîtes venimeuses qui font explosion quand on les choque. En évitant les unes, toute escadre essayant de forcer l’entrée d’un port ne peut manquer de tomber sur les autres.

Tels sont les appareils fulminans que la Russie a disposés sur ses côtes méridionales depuis Odessa jusqu’à la ligne extrême de sa frontière sur la côte d’Asie. Les rivages russes de la Mer-Noire forment un croissant, dont la partie centrale est au nord et les deux pointés s’appuient à l’est sur la frontière turque en Asie, à l’ouest, c’est-à-dire en Europe, sur le cours du Bas-Danube et aux bouches de ce fleuve. L’arsenal de Nicolaïef est le foyer défensif de ce périmètre. Des dépôts de munitions, un parc d’artillerie considérable, y sont réunis et rayonnent au besoin sur les points dont il convient d’augmenter la résistance. Ce grand centre d’approvisionnemens et de constructions est situé sur une rivière : le Boug, qui débouche dans la baie de Kherson ; cette baie est dominée par deux forts dont les feux se croisent. On connaît les noms de ces ouvrages que l’amiral Bruat a bombardés et réduits à capituler pendant la guerre de Crimée. L’un s’appelle Otchakof, l’autre Kinburn. On les a relevés, et, pour en augmenter la force, on a fermé l’étroite entrée de la baie par des lignes de torpilles, de sorte qu’il serait très dangereux aujourd’hui d’essayer le renouvellement de l’exploit accompli en 1855 par le marin français. Les escadres ottomanes de la Mer-Noire n’ont eu garde de l’essayer.

A droite de Nicolaïef, sur la rive d’Europe, les côtes de l’empire