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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/313

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est d’une importance capitale, surtout dans les guerres actuelles.

Donc plus l’artillerie d’un bâtiment est puissante, plus sa cuirasse est forte, plus grandes sont sa vitesse et sa promptitude de giration, plus un vaisseau approche de la perfection comme instrument de guerre. C’est pourquoi le génie maritime continue sans relâche ses études et ses recherches, marche de perfectionnemens en perfectionnemens, et semble ne pouvoir pas s’arrêter dans la voie des innovations.

Dans quelle flotte trouve-t-on aujourd’hui le bâtiment qui approche le plus de cette perfection cherchée par les constructeurs de vaisseaux dans les conditions que nous venons d’indiquer ? C’est l’Italie qui possède ce phénix : il a été construit à la Spezzia. Nous le citons comme un modèle ; la force des autres bâtimens de mer sera plus facilement appréciée par la comparaison avec ce beau monument de l’architecture navale. On l’appelle le Duilio. Ce nom vient de Duilius, consul romain, qui fit construire, d’après une galère carthaginoise échouée sur le rivage, une flotte qui battit les ennemis de Rome sur l’élément où ils dominaient. Le Duilio a été mis en chantier sous l’administration de M. Riboti ; il a été continué par son successeur au ministère de la marine. En ce moment, il est à flot, et son armement doit être complet. Un second bâtiment de même force, le Dandolo, est en construction et sera bientôt achevé. D’autres bâtimens d’une puissance plus grande encore vont suivre ces deux types et mettront l’Italie en possession d’un magnifique armement. Passons en revue les conditions de la force du Duilio : l’artillerie d’abord. On l’a composée principalement de quatre canons ; ces pièces énormes sont de 100 tonnes et doivent lancer des projectiles de 1,000 kilogrammes. On croyait qu’aucune cuirasse ne serait en état d’y résister ; mais des épreuves récentes ont prouvé qu’on se trompait, On a fait à la Spezzia des essais de tir du canon de 100 tonnes sur des plaques de même épaisseur que la cuirasse du Duilio. La plupart ont été déchirées. Une seule espèce a résisté et n’a pas été entamée, tandis que des cuirasses de même épaisseur provenant d’autres usines et fabriquées avec une combinaison différente de métaux ont été traversées par les projectiles. Les journaux d’Italie en ont conclu qu’un bâtiment protégé par une armure de cette trempe pourra être manœuvré « avec le sang-froid que donne le sentiment d’une sécurité complète. » Le duel entre le canon et la cuirasse serait donc entré avec le Duilio dans une nouvelle phase. Cette fois la cuirasse a l’avantage. On va chercher sans doute à donner au canon une nouvelle puissance. Mais que pourra-t-on faire de plus que la pièce de 100 tonnes ?

Le blindage du Duilio, dans ses parties les plus importantes, ne consiste pas en un simple revêtement de fer à l’intérieur : ce fer