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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/309

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le jour un bel éclairage, et qui laissait sortir pendant la nuit toute la partie des rayons que les bougies électriques envoyaient vers lui, c’est-à-dire la bonne moitié. Perdus pour nous, ces rayons éclairaient tout autour les hautes murailles des maisons qui nous entourent et répandaient dans la cour extérieure une illumination inutile. Pareille chose arriva pendant un essai tenté l’an dernier au Palais de l’Industrie. On avait concentré toute la lumière dans six foyers électriques éloignés les uns des autres : c’était une première faute qu’on aurait évitée en distribuant un plus grand nombre de lampes moins fortes dans l’immense édifice. Enfin toute cette lumière, au lieu d’être ramenée vers les assistans par une diffusion bien combinée, s’échappait par l’immense coupole de verre pour se perdre dans le ciel sans profit aucun. L’effet fut médiocre non par la faute de l’électricité, mais par son mauvais emploi. Toute autre eût été l’expérience, si la coupole transparente avait été masquée par un vélum épais et blanc destiné à recueillir les trésors de lumière qui se perdaient avec une si désolante prodigalité.

La même chose arrive avec le gaz et arrivera avec l’électricité dans l’éclairage des places publiques. Toutes les lampes accumulées avec profusion sur la place de la Concorde dépensent inutilement vers le ciel la moitié de leur lumière. Un simple réflecteur la ramènerait sur le sol et doublerait l’éclairement. Il n’en est pas de même pour les rues. Les lanternes à gaz placées tout près des maisons leur communiquent une illumination générale qui revient à la rue. On peut en voir un bel exemple aux magasins de la Belle-Jardinière. Deux globes renfermant une bougie électrique illuminent la façade avec un succès complet. Je suivais il y a peu de jours le quai de la Monnaie, et par-dessus le Pont-Neuf je voyais éclairés comme en plein jour les détails d’architecture de ce palais industriel. Un peu à ma gauche, dans une déplorable obscurité, je distinguais comme une masse informe : c’était la colonnade du Louvre, et je ne pouvais retenir un vœu que je soumets avec humilité à nos édiles, de voir la lumière répandue sur ce somptueux édifice, quand elle est si aisée, si possible et qu’elle coûte si peu.


J. JAMIN.