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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/241

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plus épineux, pour ne pas dire impossible par l’effondrement soudain d’un ordre de choses qui était reconnu jusqu’ici comme une partie du droit public, qui offrait par cela même le seul terrain solide de négociation et de transaction.

A l’heure qu’il est, dira-t-on, c’est l’affaire du congrès ou de la conférence de reconstituer une situation régulière en Orient, et l’Autriche a eu la plus sage inspiration en faisant la première appel à cette grande délibération diplomatique. Soit, nous ne demandons pas mieux que de croire au congrès et à l’efficacité des protocoles ; mais franchement sous quels auspices l’Europe va-t-elle se trouver réunie ? Voici des puissances qui ont été associées à une grande transaction diplomatique, dont elles n’ont cessé de reconnaître l’autorité, et qui sont convoquées pour sanctionner la destruction de leur propre ouvrage ! Qui a rendu le congrès nécessaire ? C’est une puissance qui a coopéré elle-même aux traités de 1856, qui, encore en 1871, déclarait librement, spontanément, qu’aucun état n’avait le droit de se délier des engagement communs. Inscrira-t-on l’ironie de cette déclaration au frontispice des arrangemens qui vont être adoptés ? Quelle garantie a-t-on que les nouveaux protocoles aient plus de valeur que les précédens ? Ce n’est pas tout. Quel sera le premier objet des délibérations du congrès ? Évidemment la Russie ne hâte ses négociations directes avec la Porte et ne retarde par des difficultés de forme la réunion de l’Europe que pour arriver devant la diplomatie avec une paix toute faite, avec une œuvre accomplie et irrévocable. Or, ce n’est point un mystère, les déclarations les plus significatives ont retenti dans les parlemens, quelques-unes des combinaisons de la paix préparée à San-Stefano sont déjà désavouées à Londres comme à Vienne. L’Angleterre n’admettrait pas une liberté des détroits qui ne serait que dérisoire si elle devait être à la merci d’une omnipotence disposant de ce qui a été l’empire turc. L’Autriche ne pourrait pas consentir à livrer la navigation du bas Danube et à se voir assiégée, pour ainsi dire, par toutes ces nouvelles créations slaves qui la menaceraient jusque dans ses frontières. Le président du conseil de Vienne, le prince Auersperg, parlant sans doute d’accord avec le comte Andrassy, n’a point hésité à déclarer qu’il lui était « impossible de trouver conformes aux intérêts de l’Autriche quelques-unes des stipulations actuellement connues. » Pour tous les cabinets l’obligation imposée à la Turquie de payer 1 milliard de francs, en dehors des cessions territoriales, ressemblerait à une véritable plaisanterie ou à un subterfuge destiné à préparer une occupation indéfinie. Que peut-il résulter de tout cela ? Si on devait se borner à enregistrer avec résignation la paix nouvelle, ce ne serait point assurément une solution, ou elle serait selon toute apparence bien provisoire. Si la lutte diplomatique est sérieusement soutenue, le congrès a bien des chances de