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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/229

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grands desseins ; il renonce à réclamer dès à présent la suppression de » contributions matriculaires et l’établissement de droits protecteurs. Pour accroître les revenus de l’empire, il se contente de créer des droits de timbre impérial et d’augmenter l’impôt sur le tabac. Du même coup il soumettait aux délibérations du conseil fédéral un important projet de loi touchant la suppléance du chancelier impérial en cas d’empêchement, projet destiné à lui permettre de soulager un peu ses épaules en se donnant un coadjuteur dans la personne d’un vice-chancelier responsable comme lui, et en déléguant à ses substituts naturels telle ou telle partie de ses innombrables fonctions. Il est bien entendu que selon qu’il lui plaira, il aura ou n’aura pas des suppléans, ses convenances seules en décideront ; une seule chose est hors de doute, c’est que, s’il lui convient d’en avoir, l’administration de l’empire sera confiée à une demi-douzaine de ministres prussiens.

On assure que ce projet de loi a causé d’abord quelque émotion dans le conseil fédéral. Les commissaires des petits états ont cru entendre tinter un glas funèbre ; il leur a semblé qu’on leur disait : — C’en est fait, les voiles sont déchirés, ce n’est pas la Prusse qui appartient à l’empire, c’est l’empire qui appartient à la Prusse. — Toutefois ils ont gardé pour eux leurs réflexions mélancoliques, ils se sont résignés à leur sort, et ils ont voté le projet, après l’avoir légèrement amendé. Le roi de Bavière, pressenti, parait-il, par M. de Bismarck lui avait fait répondre qu’il était prêt à lui faire des concessions toutes personnelles, mais qu’il entendait réserver l’avenir. Non, il n’est pas au pouvoir du roi Louis II de réserver l’avenir. L’heure est venue où la vérité des choses triomphe des conventions, et, comme on l’a si bien dit, « l’empire allemand, tout en empruntant les formes extérieures d’un état fédératif, constitue en réalité une union d’états demi-souverains avec un état souverain. » La Prusse est un tuteur, bien que ses pupilles se donnent quelquefois l’air d’en douter. Quel accueil feront les libéraux du parlement aux propositions de M. de Bismarck ? En matière d’impôts, leur mot d’ordre est : — Point de nouvelles taxes sans une réforme générale du système fiscal, et point de réforme sans garanties constitutionnelles qui assurent au parlement le plein exercice de ses droits budgétaires. Tiendront-ils leur parole jusqu’au bout ou se laisseront-ils fléchir ? il est possible que dans le cours du procès ils élèvent des incidens, mais qu’ils accordent le principal ; l’art d’incidenter est un art germanique. S’ils se montrent complaisans et dociles, en seront-ils récompensés ? L’enjeu est considérable dans cette partie. Le vice-chancelier sera regardé comme l’homme de l’avenir, comme l’héritier présomptif de M. Bismarck. Ce vice-chancelier sera-t-il un libéral ou un conservateur, M. de Bennigsen ou le comte Otto de Stolberg-Wernigerode, ambassadeur à Vienne ? On le saura avant peu ; mais dès ce jour l’Allemagne peut se convaincre qu’elle n’en a pas fini avec la politique d’expédiens,