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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/215

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comparaison avec une gamme de tons préparée à l’avance. On a constaté ainsi, par exemple, qu’au mois de février on obtenait encore, à la profondeur de 50 mètres, un effet de coloration égal à 20, tandis qu’au mois de juillet l’effet était nul à la même profondeur. La limite d’obscurité absolue devait être à 50 mètres en été, à 100 mètres en hiver. Une autre méthode, qui consiste à faire descendre dans l’eau un disque blanc attaché à une ligne de sonde, et à mesurer la profondeur où il disparaît à l’œil en descendant, puis celle où il redevient visible en remontant, avait donné à M. Forel des résultats tout à fait analogues. Pendant l’hiver, les eaux du lac sont claires (en temps normal) ; en été, elles sont toujours troubles. Le passage du régime de l’été au régime de l’hiver a lieu brusquement : en quelques jours, presque d’un jour à l’autre, le lac s’éclaircit et devient limpide ; au printemps, la transition est beaucoup plus lente. Quant à la cause de ces variations, M. Forel croit l’avoir trouvée dans la présence des poussières organiques en suspension dans l’eau, et qui s’y distribuent d’une manière différente en hiver et en été.

L’étude du spectre solaire et des autres spectres lumineux a été considérablement avancée par l’intervention de la photographie, qui a permis notamment de reconnaître les raies noires ou lacunes de la région ultra-violette, dont les rayons ne produisent presque aucune impression sur la rétine de l’œil. M. Mascart a déterminé ainsi la situation d’un grand nombre de raies de cette région. Les photographies spectrales obtenues depuis par M. Rutherfurd et par M. Henry Draper, en Amérique, montrent aussi dans la région moyenne un grand nombre de raies nouvelles. La photographie ne tardera pas du reste à prendre possession de toute l’étendue du spectre, y compris les régions obscures qui confinent aux rayons rouges, grâce à une découverte récente de M. H. Vogel. Ce physicien a constaté qu’il suffisait de mêler au collodion des matières colorantes qui absorbent les rayons rouges pour le rendre sensible à l’action de ces rayons, de sorte que la désignation spéciale de « rayons chimiques » appliquée aux rayons violets et ultra-violets n’a plus de sens aujourd’hui, toutes les couleurs du spectre pouvant faire impression sur une couche photographique convenablement préparée. N’oublions pas de mentionner ici les tentatives faites par M. E. Becquerel pour reproduire par la photographie les couleurs elles-mêmes du spectre solaire, tentatives qui ont été couronnées de succès, à cela près qu’on n’a pas encore trouvé le moyen de fixer les teintes fugaces que l’action du spectre fait apparaître sur la plaque iodurée.

Beaucoup d’autres applications de la photographie ont été