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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/184

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conduite, rendre indirectement quelques services à un peuple dont le courage avait touché les plus indifférens : il ne l’osa point faire, il laissa écraser la Turquie.

L’expiation, il est vrai, allait commencer immédiatement.

Est-il nécessaire d’entrer ici dans le détail des faits que les dernières semaines ont vu s’accomplir ? ils sont présens à tous les esprits, et le caractère général n’en saurait échapper à personne. La proposition de médiation repoussée par les puissances, les bons offices de l’Angleterre déclinés par la Russie, qui exige une démarche directe de la Turquie, la lenteur calculée dans l’envoi des instructions aux commandans des armées, l’armistice subordonné ensuite à l’acceptation des préliminaires de paix, le silence gardé sur les conditions de l’armistice et sur les préliminaires eux-mêmes, toutes les communications de la chancellerie russe marquées au coin d’une politesse hautaine et froide, empreinte d’une nuance de persiflage, comme d’une grande puissance vis-à-vis de la république de Saint-Marin, tous ces procédés ont dû faire sentir au cabinet anglais combien, dans l’opinion de la Russie, la situation et les rôles avaient changé. Cependant il n’était pas au bout des mortifications qu’il devait essuyer. Pendant qu’il faisait partir la flotte anglaise de la baie de Besika, puis l’y ramenait aussitôt, puis la mettait de nouveau en mouvement pour l’arrêter encore à l’entrée des Dardanelles, les généraux russes, tout en négociant, continuaient à marcher sur Constantinople, bien résolus à ne rien terminer qu’en vue de la capitale turque, et lorsque cette capitale serait à leur merci. Le peuple anglais voyait avec une irritation croissante se reproduire vis-à-vis de son gouvernement le système de subterfuges, d’équivoques, de promesses évasives et toujours éludées qui avaient marqué les progrès des armes russes dans le Turkestan et l’expédition de Khiva. Toutes les habiletés de la foi punique étaient employées pour déconcerter et mettre en défaut la politique anglaise. Que faire, cependant, et où trouver appui ? Interrogé sur les dispositions des puissances, le chancelier de l’échiquier confessait avec quelque naïveté que les puissances se montraient fort réservées et fort sobres de confidences vis-à-vis du gouvernement de la reine, se souciant médiocrement de voir leurs communications devenir immédiatement. le thème des commérages parlementaires. Qu’attendre d’ailleurs des puissances ? Depuis dix-huit mois, le cabinet de Londres n’avait jamais, ni un seul jour, ni dans une seule occasion, invoqué ni l’intérêt général de l’Europe, ni la foi des traités, ni le respect de l’équilibre européen, c’est-à-dire les seules raisons qui auraient pu lui obtenir des sympathies ou un appui moral de la part des autres cours. Il avait toujours répété que les intérêts anglais étaient son unique préoccupation, et leur sauvegarde la seule