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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/17

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le trouver au-dessous de lui-même, un visage qui pouvait s’abandonner à la distraction sans enlaidir, une physionomie qui attirait comme l’aimant. Aucune femme ne le voyait avec indifférence, et si la bouche le dénigrait parfois, l’imagination n’en perdait pas aisément l’empreinte. »

Que peut-il y avoir de commun entre ces deux êtres que les hasards d’une fête de village réunissent pour la première fois pour danser la bourrée aux sons de la vielle ? Tout les sépare, la naissance, la fortune, la vie passée, des promesses antérieures, car Valentine est fiancée au comte de Lansac, et Bénédict à la fille du père Lhéry. Une seule chose peut les réunir, c’est l’amour ; l’amour qui s’est insinué dans le cœur de Valentine dès le premier soir où, égarée dans une des traînes de la Vallée-Noire, elle a oublié son effroi en entendant la voix jeune et vibrante de Bénédict qui chante un air du pays ; l’amour, qui s’empare avec bien autrement de violence du cœur de Bénédict après une chaude journée passée au bord de l’Indre avec Valentine, dont il aura plus d’une fois remarqué le regard se fixant sur lui avec une admiration ingénue. Vainement fait-il d’incroyables efforts pour trouver à sa vie un but, une ambition, un charme quelconque. « Son âme se refusait à admettre aucune autre passion que l’amour. À vingt ans, quelle autre semble en effet digne de l’homme ? Tout lui semblait terne et décoloré auprès de cette rapide et folle existence qui l’avait enlevé à la terre… Il n’y avait au monde qu’un amour, qu’un bonheur, qu’une femme. » Aussi rien ne pourra-t-il arrêter l’élan qui entraîne l’un vers l’autre Valentine et Bénédict : ni les préjugés du sang représentés par une vieille grand’mère qui dit en mourant à sa petite-fille : — Ne prends jamais un amant au-dessous de ton rang, — ni l’autorité de la famille parlant par la voix d’une mère acariâtre et sans entrailles, ni les devoirs du mariage personnifiés dans un diplomate intéressé et corrompu qui spécule sur l’infidélité de sa femme pour l’amener à payer ses dettes. Mais, si toute l’action tend à rendre la faute de Valentine excusable et même fatale, si cette doctrine dangereuse, que la passion peut dicter des devoirs supérieurs à la loi écrite, court pour ainsi dire sous toutes les pages, du moins l’auteur ne prend nulle part cette doctrine à son compte. Le jour où Valentine s’unit à M. de Lansac, Bénédict maudit le mariage, la société, Dieu lui-même, qui livre le faible à tant de despotisme et d’abjection ; mais ce n’est pas George Sand qui parle, et, dans une parenthèse un peu ironique, elle nous prévient que Bénédict est un naturel d’excès et d’exception dont il ne faut pas prendre les paroles au pied de la lettre. Après tout, il ne dépend que de nous de l’en croire sur parole, puisqu’un bon mariage avec Valentine suffirait pour réconcilier Bénédict avec la société, et qu’à ce