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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/156

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L’expédition, commandée par le colonel Browne, partit de Bhamô au commencement de février ; dans la matinée du 18 de ce mois, elle arriva avec son escorte et ses bagages au dernier poste birman, à un pas de la frontière chinoise, dans la vallée de Nampoung, sombre, et étroite gorge couverte de vignes vierges et entourée de forêts. Là, on apprit que le passage de Birmanie en Chine était gardé par les Kakhyens en armes, et qu’encouragés par les autorités de Seray, première ville chinoise de la frontière, ainsi que par celles de Manwyne, ils avaient l’intention d’arrêter dès le début la marche des voyageurs. Le colonel Browne tint un conseil, et Margary y prit la parole pour soutenir qu’il ne croyait pas à l’inimitié des tribus, qu’il avait vécu avec elles sans être le moins du monde inquiété, et qu’il avait été parfaitement reçu par les mandarins de Seray et de Manwyne. Il proposa, avec son énergie habituelle, d’aller seul en avant, de voir ce qu’il y avait de vrai dans les diverses rumeurs qui leur avaient été transmises, puis, ses informations prises, d’envoyer un messager pour faire connaître la situation. On commit la faute d’accepter cette imprudente proposition. Dans l’après-midi, des bruits de gongs et de cymbales se firent entendre du côté de la frontière chinoise, et des soldats aperçurent sur des arbres élevés quelques Rakhyens épiant les mouvemens des Anglais. Rien n’interrompit cependant le calme du dernier dîner que les voyageurs prirent ensemble, dîner qui se prolongea fort avant dans la nuit, et pendant lequel on parla beaucoup des résultats probables de la mission.

Le 19, de grand matin, M. Margary traversa la frontière, escorté de son fidèle secrétaire chinois, des domestiques qui le suivaient depuis Shanghaï, et de quelques muletiers birmans. Le lendemain, on eut une lettre de lui annonçant son arrivée à Seray. Il y avait été bien reçu et avait continué sa marche dans la direction de Manwyne. La mission suivit ses traces, et arriva le 21 à Seray. A cette date, plus de nouvelles de Margary, et le colonel Browne et ses compagnons remarquèrent que le chef de la ville et ses hommes s’armaient, que les rumeurs d’une attaque prochaine prenaient plus de consistance. Le 22 au matin, l’orage éclatait ; le campement de la mission fut tout à coup entouré de bandés armées, et une lettre envoyée par les Birmans en résidence à Manwyne apprit que Margary avait été lâchement assassiné le 21. Sans la fermeté de l’escorte birmane, à laquelle les assaillans offrirent de fortes sommes s’ils permettaient regorgement des « diables étrangers, » sans la bravoure de quinze cipayes qui constituaient une sorte de garde du corps, la mission eût partagé le sort de M. Margary. Après une journée d’un rude combat, elle put, le soir, repasser la frontière avec ses bagages et trois hommes blessés. A Bhamô, le