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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/141

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fabriques, s’il nous enlève la navigation côtière, avec quoi paierons-nous les millions de livres de thé que nous sommes dans l’obligation de lui acheter ? Le drainage de notre or dépasse déjà tout ce qu’on peut imaginer, quel chiffre n’atteindra-t-ii pas lorsque l’importation anglaise ne balancera plus l’exportation chinoise ? Le mal peut être conjuré eu exigeant de l’empereur l’ouverture de nouveaux ports, l’autorisation de trafiquer à l’Intérieur, et l’abolition du lékin ou des taxes provinciales. »

Lorsque le commerce extérieur de la Grande-Bretagne fait un appel à son gouvernement, ce dernier, que n’absorbe pas la politique intérieure, n’entend jamais en vain cet appel ; négocians, consuls, ministres et ambassadeurs s’unissent pour atteindre le but désiré, et il surgit toujours, comme à souhait, des circonstances favorables qui les y mènent. Cette fois encore la mort violente d’un agent consulaire, d’un jeune homme animé d’un profond dévoûment pour son pays, M. Augustus R. Margary, fournit à l’Angleterre l’occasion d’affirmer la volonté de ses commerçans et de la faire triompher.

Dès que la Grande-Bretagne apprit que la France s’établissait au Tonkin et qu’elle avait un port militaire à l’embouchure du Songkoï ou Fleuve-Rouge, elle songea à rendre notre occupation inutile en ouvrant l’ancienne route qui conduisait autrefois du Yunnan à Bhamô, en Birmanie. A cet effet, M. Wade, ambassadeur à Pékin, donna ordre à M. Margary, attaché au consulat de Shanghaï, de se rendre, par l’intérieur de la Chine, de cette dernière ville à Bhamô, pendant que le colonel Browne, avec une forte escorte, s’acheminerait par la même voie de Rangoon à Shanghaï. Le départ des deux voyageurs était calculé de manière que M. Margary rencontrât le colonel Browne aux limites de la frontière chinoise, c’est-à-dire au centre d’une contrée où il n’y avait aucune sécurité pour un voyageur isolé. Avant de remettre un passeport à l’infortuné agent, M. Wade eût dû se souvenir que les autorités de la frontière ouest du Yunnan étaient particulièrement hostiles à sa nation. Une partie de cette région montagneuse, habitée par des tribus musulmanes, s’était soulevée pendant quinze ans contre l’autorité de l’empereur. Un Anglais, le major Sladen, était venu à Momien en 1868 au milieu des révoltés, avait vécu ouvertement avec eux pendant quelques semaines, faisant croire ainsi que les sympathies de l’Angleterre étaient assurées à l’insurrection. Les mahométans furent vaincus, leurs villages et leurs récoltes brûlés, mais les Chinois gardèrent et gardent encore rancune au major Sladen de son séjour à Momien, et, de leur côté, les mahométans ne pardonnèrent pas aux Anglais de n’avoir pas envoyé des forces à leur secours. M. Margary avait-il été prévenu de ces hostiles dispositions ? Ce