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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/135

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que son artillerie semble sortir des limbes : « Division des marins détachés à Paris ; artillerie ; cabinet du commandant. Au citoyen Latappy. Nous venons vous demander à ce que vous acceptiez la demande ci-après : 1° Que nous portions un ruban qui puisse permettre à tout le monde de nous reconnaître, et cela pour éviter d’être confondus avec tous ceux qui ne sont pas de chez nous ; 2° Je vous demanderai en outre que vous me fassiez donner une table ministre fermant à clé, afin que mes papiers ne soient pas livrés à la merci de tous ceux qui fréquentent nos bureaux. Salut et fraternité. Le commandant de l’artillerie maritime. — COGNET. » A cette demande, le commissariat du ministère répond par l’offre de rubans noirs ; j’ignore s’ils furent acceptés, mais j’en doute, car la couleur noire est bien peu « voyante. »

Cependant de nouvelles recrues allaient être mises à la disposition de « l’artillerie maritime, » car les fusiliers marins, autrement dit les marins de la garde nationale, venaient d’être dissous. Le colonel Block et son officier payeur Peuchot avaient véritablement dépassé la mesure de ce qui était permis, même sous la commune ; on avait prescrit de les arrêter tous les deux et on s’apprêtait à leur faire rendre gorge. Le « général Henry, » chef d’état-major au ministère de la guerre, écrit à Latappy pour le presser de vérifier les comptes incriminés. Dombrowski s’en mêle aussi et invite l’officier comptable Peuchot à justifier immédiatement de sa gestion [1]. Pendant que l’on cherche à examiner un peu ces affaires véreuses, Cognet racole des hommes, les incorpore, grossit sa troupe, prend l’équipage de la canonnière la Commune et en forme une équipe, équipe d’élite, à laquelle on confie la mission de hisser une batterie sur la plate-forme de l’Arc-de-Triomphe de l’Étoile, car avec la niaiserie dont ils ont donné tant de preuves, les chefs de l’insurrection ont toujours cru que la principale attaque de l’armée se produirait par Neuilly. Dombrowski du reste, qui savait à quoi s’en tenir et pour cause, les encourageait dans cette erreur, dont il eût bénéficié, s’il n’avait été tué.

Avoir organisé l’artillerie « maritime » de la commune de Paris ne suffisait point à l’ambition de Cognet ; il prouva qu’il était doué d’un sens pratique égal à son patriotisme et proposa, — je ne

  1. « Ministère de la guerre ; cabinet du ministre. Paris, le 18 mai 1871. — Mon cher Latappy, je t’envoie un arrêté du délégué à la guerre qui dissout les marins de la garde nationale. Avise au plus vite à la réorganisation dont tu es chargé, et surtout vérifie les comptes de l’ancienne administration. Salut fraternel, HENRY. — Commune de Paris, général commandant on chef. Quartier-général de Paris, le 19 mai 1871. Le citoyen commissaire Péchot (pour Peuchot), officier comptable, est invité à se rendre immédiatement au ministère de la marine pour rendre compte de sa gestion. Vu le décret en date de ce jour. Le général commandant en chef : DOMBROWSKI. »