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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/113

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à dessein pour la guerre des rues, anciens gardes municipaux transformés en gardiens de Paris, des vendus, rebut de l’armée et de la société, faisant du métier de condottieri leur profession habituelle. Ajoutons encore à cette multitude de chenapans armés les soldats corrompus et féroces du nouveau bas-empire, les lâches de Sedan et de Metz qui n’ont de courage que pour le massacre de leurs concitoyens… La horde de ces malfaiteurs… était commandée par des officiers félons aussi lâches devant l’étranger que bien dressés au massacre des citoyens, experts dans l’art de faire le sac d’une ville, d’égorger un peuple, d’enfoncer les portes, de piller les caisses, de violer les libertés publiques, de fouler au pied les lois et de déchirer les constitutions. » — Le Mot d’ordre de Rochefort, sans être moins bête, fut moins violent, il se contenta de dire : « Les troupes de Charette ont combattu hier sous le drapeau blanc ; chaque soldat a sur la poitrine un cœur de Jésus en drap blanc, sur lequel on lit ces mots : Arrête ! le cœur de Jésus est là ! »

Ces clabauderies ne rassuraient point la commune, qui regardait avec inquiétude du côté des Champs-Elysées et se demandait si ce n’était point là le chemin par où l’armée française rentrerait dans Paris ; Elle résolut donc d’en occuper sans retard les abords ; aussi, dès le lendemain du combat de Courbevoie, dès le 3 avril, pendant que ses troupes faisaient vers le Mont-Valérien cette marche triomphale qui rat interrompue comme l’on sait, elle envoyait un colonel galonné au képi, chamarré sur les manches, et dont on ignore le nom, s’emparer du ministère de la marine. Ce personnage, après avoir reçu les honneurs militaires dus à son rang et avoir rapidement inspecté le 224e bataillon, fit venir M. Gablin et lui dit : — Vous avez ici des mitrailleuses et des munitions cachées, vous allez me les livrer. — M. Gablin répondit : — Je n’ai rien du tout, vous pouvez vous en assurer. — On parcourut tout le ministère ; le colonel, auquel « on n’en faisait pas accroire, » passait le long des murs, les sondait d’un coup de fourreau de sabre, écoutait s’ils ne sonnaient pas creux et semblait décontenancé, car il cherchait les cachettes et ne les trouvait pas. Lorsque l’on eut parcouru bien des couloirs et bien des chambres, le colonel, d’un air goguenard, demanda à visiter les caves. On alluma des lanternes et l’on descendit. Le colonel tâtait les murailles, se faisait ouvrir toutes les portes, frappait du sabre sur le sol ; il fit déplacer des tonneaux vides et regarda longtemps la paroi contre laquelle ils étaient gerbés ; il secouait la tête et n’était point content. Dans un caveau situé près de la rue Saint-Florentin et qu’il examina plus minutieusement que les autres, il dit : — La réaction doit savoir que nous ne nous laisserons pas jouer par elle ! — On crut à une réflexion d’ordre général et l’on n’y fit pas attention. La visite était